L’anecdote en dit long sur le caractère inattendu de son entrée au gouvernement. Elisabeth Borne est partie à Montréal au congrès de l’UITP (Union Internationale des Transports Publics) comme PDG de la RATP pour en revenir comme ministre chargée de Transports et assister au premier conseil des ministres du quinquennat avec son ministre de tutelle, Nicolas Hulot.

Nicolas Hulot-Elisabeth Borne : c’est l’inattendu attelage choisi par le président de la République Emmanuel Macron et son Premier ministre Edouard Philippe pour gérer la question de l’écologie et des transports qu'ils lient intimement.
 
L'arrivée de Monsieur Hulot

Nicolas Hulot, 62 ans, figure de l'écologie dans la société civile devient ministre de la Transition écologique et solidaire, avec le titre de ministre d'État, numéro trois dans la hiérarchie gouvernementale, comme l'avait été son prédécesseur Jean-Louis Borloo dans les premiers gouvernements de François Fillon. Pour la première fois, ils avaient changé les perspectives en plaçant l'écologie au-dessus du transport.

L'ancien animateur de TF1, qui avait créé en 1990 la Fondation Ushuaïa, devenue ensuite la Fondation Nicolas Hulot pour la nature et l'homme, franchit donc le pas en acceptant de s'engager à la tête d'un ministère. En 2007, cette personnalité championne des sondages d'opinion avait envisagé de se présenter aux présidentielles. En 2012, les écologistes lui avaient préféré Eva Joly. En 2017, Nicolas Hulot s'engage dans un gouvernement qui modifie complètement les lignes en mêlant personnalités de gauche, de droite et de la société civile.
 
Le retour de Madame Borne

Elisabeth Borne, 56 ans, devient auprès de lui, la ministre de la Transition écologique chargée des Transports. A l'évidence, ce choix d'une professionnelle réjouit le secteur du transport public. De même que son rang de ministre à part entière qui était l'une des principales revendications de la profession. Elle n'aura besoin d'aucune période transitoire pour maîtriser ses dossiers.

Cependant, aucun d’eux n’a jamais été ministre. Mais Elisabeth Borne, X-Ponts, a une expérience très poussée de l’État et du domaine des transports. Avant de devenir PDG de la RATP en mai 2015, elle fut en 2014 directrice de cabinet de Ségolène Royal au ministère de l'Écologie. Autant dire qu’elle connaît mieux les arcanes de ce  ministère que son ministre de tutelle.

Outre un passage au cabinet de Lionel Jospin à Matignon, puis à la SNCF,  elle fut, de 2008 à 2013, directrice générale de l'urbanisme à la mairie de Paris, à une époque où le cabinet du maire était dirigé par un certain Mathias Vicherat, aujourd'hui DGA de la SNCF. "Et où travaillait également François Poupard, l'actuel patron de la DGITM", note-t-on au ministère.
 
Une tutelle sur la RATP et son rival la SNCF

Ironie de l’histoire, Elisabeth Borne va exercer sa tutelle sur la RATP, ex-entreprise qu’elle a dirigée et apposera sa signature sur le texte de nomination de son successeur à paraître au Journal officiel.

Elle aura aussi la tutelle sur la SNCF, groupe partenaire de la RATP (via Systra), mais aussi rival sur un certain nombre de dossiers : le métro du Grand Paris, la gestion des futurs trams d'Île-de-France, un certains nombre de marchés étrangers. Ce tropisme RATP de la ministre peut éventuellement faire grincer des dents chez des opérateurs concurrents. 

A la SNCF, la nomination d’Elisabeth Borne a été apprise avec incrédulité. Surprise, "Guillaume Pepy connaît bien Nicolas Hulot", indique-t-on au siège du groupe public à Saint-Denis. Dès lors, la SNCF pourra être tentée de demander au ministre de tutelle d'arbitrer certains sujets.
 
Un duo ou un duel ?
 
Toute la question sera de voir comment le duo Hulot-Borne fonctionnera. On imagine que, face à l'inexpérimenté Nicolas Hulot, Elisabeth Borne, ministre et non secrétaire d'État, saura défendre son pré carré. D'autant que son caractère est bien trempé.

Mais une part du rapport de force se jouera aussi de cabinet à cabinet. Celui de Nicolas Hulot sera dirigé par
Michèle Pappalardo, une femme expérimentée qui connaît parfaitement le fonctionnement du ministère autant que les sujets qui relèvent de celui-ci. Celle qui venait d'être nommée présidente de la 7e chambre de la Cour des comptes (qui a compétence sur les transports), a été responsable du Commissariat général au développement durable de 2008 à 2011.

Comment s'entendront Nicolas Hulot et Elisabeth Borne ? On verra sur la durée à condition que le ministre de la Transition écologique et solidaire ne claque pas la porte au moindre désaccord au sein du gouvernement sur des sujets sensibles comme la construction de l'aéroport Notre-Dame-des-Landes ou la question du nucléaire.
 
Des dossiers lourds et épineux

En outre, ce scénario ouvre de nombreuses interrogations passionnantes. De quelle façon la nouvelle ministre va-t-elle compléter la réforme ferroviaire, préparer l'ouverture à la concurrence, gérer la question du désendettement du groupe ferroviaire, répondre à la question de la transformation des EPIC SNCF en SA, voire de celui de la RATP ? Et fera-t-elle du retour de la TVA à 5,5% pour le transport public, que la profession réclame en vain depuis des années, un cheval de bataille ?

Marc Fressoz