Avertir le modérateur

03/08/2017

Pannes en pagaille à la SNCF : mais qu’est ce que la France et les Français auraient à perdre ou à gagner si elle venait à être privatisée ?

http://www.atlantico.fr/decryptage/pannes-en-pagaille-snc...

Publié le

Suites aux déboires des voyageurs clients de la SNCF, la tension monte sur la question du rail et des trains français, certains proposant une solution de privatisation afin d'améliorer la situation.

Pannes en pagaille à la SNCF : mais qu’est ce que la France et les Français auraient à perdre ou à gagner si elle venait à être privatisée ?

Jean-Yves Archer est économiste, spécialisé en Finances publiques. Il dirige le cabinet Archer, et a fondé le think tank économique Archer 58 Research.
 
Né en 1958, il est diplômé de Sciences-Po, de l'ENA (promotion de 1985), et est titulaire d'un doctorat en Economie de l'Université Paris-I Panthéon-Sorbonne.

 

Atlantico : Quels seraient les avantages à tirer d'une privatisation pour la SNCF, et ses usagers ? 

Jean-Yves Archer : Avant de répondre à votre question qui est fondamentale, je souhaite émettre trois remarques liminaires.

La complexité du monde moderne n'explique pas tout

Tout d'abord, nous rentrons dans un univers où la complexité est de plus en plus marquée avec pour corollaire la difficulté à identifier les dysfonctionnements.

Souvenons-nous récemment de la gigantesque panne informatique qui avait affecté l'aéroport de London-Heathrow ou des bugs qui concernent parfois les systèmes bancaires.

L'ergonomie complexe du progrès technique explique que l'on ne puisse pas apporter de solutions immédiates d'où la pagaille insensée qu'ont dû subir des milliers de voyageurs à Montparnasse puis à Austerlitz où les palliatifs ont été insuffisants et aléatoires.

Un Président laminé par l'opérationnel ?

Deuxième remarque, on ne peut qu'être troublé par l'omniprésence du président de la SNCF lorsqu'il s'agit d'inaugurer deux lignes LGV ( Paris – Rennes et Paris – Bordeaux ) et par le coût des frais de bouche ( plusieurs millions d'euros de communication ) par opposition à son silence vertigineux au milieu de la crise du week-end dernier.

Doit-on comprendre que Guillaume Pépy, dont il est avéré qu'il avait des prétentions pour d'autres postes du temps du mandat de François Hollande, est un homme aussi compétent que démotivé ? Voire aussi frappé par le principe de Peter que lassé des charmes de sa fonction.

On n'imagine pas Serge Weinberg ( Sanofi ), Carlos Tavares ( PSA ), Patrick Pouyanné ( Total ) et autres restés muets comme des carpes face à de tels vents contraires. L'exemple doit venir d'en-haut par temps de scoumoune. Il a fallu attendre ce mardi pour avoir une interview assez flasque du président de la SNCF dans Ouest-France. Ce n'est pas correct pour les clients qui ont évidemment un préjudice supérieur au coût du seul billet de train. Ce n'est pas convenable pour la Nation qui attendait, a minima, un message de réconfort et d'attente ASAP  ( as soon as possible ).

Louis Armand (  http://www.annales.org/archives/x/louisarmand.html           ) n'aurait pas agi ainsi. André Chadeau  (http://www.europe1.fr/societe/deces-de-lancien-president-...    ), Louis Gallois, Loïk Le Flock-Prigent non plus.

Il faut dire ici que le préfet Chadeau avait su présenter sa démission suite à l'accident de la gare de Lyon contrairement à l'inertie qui a suivi l'accident récent de Brétigny-sur-Orge.

La grand-mère bretonne ?  On s'en moque ?

Troisième remarque, le système de communication de crise de la SNCF ( qui est pourtant bien pourvu financièrement…) a une fois de plus montré son inefficacité. Est-il normal que des grands-mères bretonnes par définition dotées d'un certain âge se soient vues orientées vers Austerlitz pour finalement revenir – tel un paquet-poste – vers Montparnasse ?

La ministre des Transports, ancienne présidente de la RATP et sensible à la démocratie participative de Ségolène Royal, accepte-t-elle ce type de manquement à la lucidité managériale ? Quel est son sentiment profond hors contrainte de solidarités diverses ?

A-t-elle-entendu cette clameur où la ville dit à haute voix : " les grands-mères de Pont-Aven, Pepito s'en moque : il a sa galette ".

Oui, la mobilité est une liberté publique chère aux écrits du doyen Rivero et à notre Constitution.

La fouler aux pieds dans un pays tendu et fracturée est une faute, pas une simple erreur. Il est quand même curieux qu'un ancien proche de Martine Aubry ( G. Pépy ) fasse aussi peu de cas de cet acquit qu'est le congé estival. Allô la SNCF, est-il normal de grignoter une fraction des congés payés de vos braves clients ?

Alors, on privatise ?

Bien des Français excédés dégainent par conséquent le mot privatisation car ils sont à bout face à tant d'incuries. La question peut effectivement être posée mais elle impose trois points d'analyse qui sont cruciaux.

Un bilan répulsif

Premier point, privatiser cela veut dire ouvrir le capital de l'entreprise, du Groupe SNCF. Or, cette firme frôle l'actif net négatif si l'on incorpore un calcul fidèle de sa dette ( donc en ne bricolant pas les actualisations des tables de mortalité lorsqu'on intègre le coût réel des engagements de retraite liés à des régimes spéciaux avantageux ) et une dépréciation crédible de son matériel roulant.

Il suffit de voir les fiches des agences de notation pour jauger de l'ampleur du mal. (http://www.sncf.com/fr/finance/notations-financieres    )

L'insuffisance de fonds propres a été pointée du doigt par la présidente Anne-Marie Idrac en 2004 tout autant que la dynamique ascendante de la dette. Et depuis lors, le rouge est mis.  (https://www.lesechos.fr/12/03/2016/lesechos.fr/0217604458...  )

Si l'Etat était moins impécunieux – car moins dépensier – il aurait pu tenir l'engagement formulé par le premier ministre Valls consistant à reprendre 20 milliards de dettes du Groupe qui en compte près de 50 mds.  (https://www.lesechos.fr/08/06/2016/lesechos.fr/0211009211...    ).

L'Etat plombé par la perplexité

Client régulier de la SNCF, j'admire sa capacité à déjouer les pièges d'un quotidien complexe. Bien des trains arrivent à l'heure et il faut le souligner mais un audit récent révèle néanmoins que la situation se détériore  (http://abonnes.lemonde.fr/economie/article/2017/07/14/pon...   ) . Issu de Bourgogne, je suis toutefois attristé et médusé quand j'apprends qu'un train ne marque pas l'arrêt à Nevers pour cause d'ébriété sévère du conducteur : 3,34 g/l. ( http://france3-regions.francetvinfo.fr/auvergne-rhone-alp....

Où en est-on dans les dépôts et ailleurs ? Où est le niveau de professionnalisme de certains agents ? Clairement, il y a des personnes qu'un statut protecteur éloigne de l'efficacité. Ici la privatisation aurait un sens car elle aurait un impact sur cette petite frange de cheminots qui déraillent. N'en déplaise à l'omerta officielle d'une hiérarchie qui est elle-même " sur-staffée ". Allez interroger des sous-traitants de la SNCF pour recueillir leurs opinions sur l'organisation managériale du groupe…

L'Etat est plombé par la perplexité du dossier qui est opérationnel, géographique ( rôle-clef dans l'aménagement du territoire ), managérial, financier et humain autant que syndical.

La lecture du livre cité ci-après : " La machine infernale " demeure de bonne pratique et d'actualité. (   https://www.amazon.fr/SNCF-machine-infernale-Nicolas-beau...

Assainir d'abord, privatiser après ?

Compte-tenu du déséquilibre financier, il est inutile de titrer comme d'aucuns l'ont fait ces jours-ci : vive le privé !  C'est aussi pertinent que de demander l'heure à un plongeur en challenge d'apnée.

Il faut dire et redire que privatiser est impossible en l'état et qu'il revient à l'Etat d'assainir les paramètres avant de se poser des questions de choix philosophique.

Une solution graduelle à la France Telecom ou à la Renault ( ex-Régie ) n'a pas de crédibilité ici car il faut trouver environ 35 mds et obtenir des accords juridiques nationaux, européens et sociaux qui sont complexes.

A l'inverse, quels seraient les inconvénients de telles mesures ? Quels sont les arguments s'opposant à la privatisation de la SNCF ? 

La SNCF est un actif national

La privatisation d'un actif national comme la SNCF ne me semble pas pertinent car il lui échoit le transport de millions de personnes et que le TGV fait partie – de toute évidence – des externalités positives de notre pays.  (http://energie-developpement.blogspot.fr/2012/06/external...    ).

Savoir gérer !

En revanche, il est urgent de manager cette horlogerie complexe. Une récente étude de la SNCF montre que si les conducteurs de TGV sont attentifs à la consommation énergétique de leurs trains et aussi à "l'éco-stationnement ", près de 200 millions d'euros d'électricité peuvent être économisés. (https://www.lesechos.fr/industrie-services/tourisme-trans...    ).

La question-clef n'est pas la privatisation mais le contrôle de gestion. Et il y a des centaines de millions à la clef. Autant dire que la concurrence qui arrivera tôt ou tard risque d'être un choc frontal pour la SNCF et le " package " social qui la définit.

Dès lors, quelles seraient les options à privilégier afin d'améliorer la situation actuelle ?

 Que l'Etat reprenne une partie de la dette ( qui peut parfaitement rejoindre les 3.500 mds d'engagements hors-bilan de l'Etat ), que l'Etat cesse de caser tel ou tel à des hauts niveaux hiérarchiques déconnectés de leurs compétences tangibles, que des boîtes à idées fleurissent dans les dépôts comme cela a existé dans diverses entreprises privées, que le cheminot soit réhaussé dans sa fierté du fait de résultats crédibles et qu'il puisse être aussi respecté que le mineur de charbon de l'après-guerre.

Car derrière ce gâchis qu'est la situation présente se cache le manque de respect du client qui n'est plus un usager. Et symétriquement l'absence de respect des clients vis-à-vis du personnel SNCF dont la grande opinion détecte des sortes des " planqués de l'arrière ".

Face à un tel malentendu, c'est le contrat avec la Nation qu'il faut redéfinir au lieu de mesurettes qui riment avec la notion animalière de reptation, c'est-à-dire d'un corps qui se meut laborieusement sans l'aide de ses membres.  (http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/reptation/6... )

02/08/2017

La SNCF changera-t-elle enfin de stratégie ?

https://www.franceinter.fr/economie/la-sncf-changera-t-el...

La panne de signalisation qui a provoqué l'énorme pagaille à la Gare Montparnasse à partir du 30 juillet met en lumière les fragilités de la SNCF.

Guillaume Pépy, Pdg de SNCF Mobilité et Patrick Jeantet, Pdg de SNCF Réseau
Guillaume Pépy, Pdg de SNCF Mobilité et Patrick Jeantet, Pdg de SNCF Réseau © AFP / Eric Piermont

Le Pdg de la SNCF s'est exprimé après trois jours de silence à l'issue de la panne dûe à un défaut d'isolement dans le poste de signalisation de Vanves. "Ce n'est pas un défaut de maintenance" a-t-il dit. Selon lui, dans le cadre de la mise en service des lignes TGV du Grand Ouest, "'il a en effet fallu étendre les capacités du poste d'aiguillage de Vanves... et c'est à cette occasion qu'il y a eu un défaut d'isolement électrique... un défaut qui n'avait donc pas été détecté" et qui n'avait pas eu de conséquence jusqu'au week-end dernier.

La SNCF manque de robustesse

Les experts appellent cela le manque de robustesse. Ce serait le mal dont souffre la SNCF en réalité depuis longtemps. Les explications en étaient fournies au milieu du mois de juillet 2017, quelques jours avant les graves perturbations de la Gare Montparnasse. Ce groupe de spécialistes avait attiré l'attention des dirigeants de SNCF Mobilité (Guillaume Pépy) et de SNCF Réseau (Patrick Jeantet).

La robustesse est la capacité de résister aux aléas d’exploitation. Or au fil des années cette faculté à rebondir dans l’adversité s’est émoussée selon l’équipe d’experts dirigée par Yves Ramette, ancien directeur général de SNCF Réseau Île-de-France et par Alain Thauvette, ex-directeur de la région Ouest de DB Cargo.

La bataille du rail, c'est SNCF Réseau versus SNCF Mobilité

15 000 trains circulent chaque jour et la question est de savoir qui de l'infrastructure ferroviaire ou de la stratégie marketing doit primer. Cette infrastructure est gérée par SNCF Réseau, soit 53 000 collaborateurs, qui investit 5 milliards d’euros sur 1600 chantiers sur les voies ferrées en France.

En effet, la recommandation des experts est de donner à SNCF Réseau un rôle de prescripteur, en lui laissant la responsabilité de la conception de l’offre. Selon Yves Ramette, cité dans la Vie du Rail,

Il faut arrêter de faire des promesses non réalisables. Et il faut que SNCF Réseau soit l’autorité de décision et d’arbitrage

La réaction du Premier ministre Edouard Philippe mardi 1e août va dans ce sens.

SNCF Réseau aurait donc intérêt à reprendre la main sur les grandes décision du développement voyageurs, pour qu'elles soient plus conformes à la capacité des structures. Son président Patrick Jeantet dirige désormais le COOPERE, comité de 30 membres (dont la SNCF) où sont évoquées les questions de meilleure utilisation du réseau ferré national, notamment en vue d’adopter une Charte du réseau.

COOPERE a rendu un premier rapport sur des thèmes tels que la priorisation des circulations en situation perturbée, l’information amont des parties prenantes dans la programmation des travaux ou encore la trame horaire systématique, première référence dans la structuration des horaires.

Où est passée l’excellence technique ?

On comprend donc, en lisant le rapport, que pour l’heure la sagesse serait peut–être de faire circuler moins de trains. De surcroît il faut que l’activité ferroviaire retrouve un savoir faire et une qualité technique qu’elle a perdu au fil des années, et précise Yves Ramette :

Le système ferroviaire a perdu deux générations d’ingénieurs

Le rapport note qu'il faut remettre au clair le processus industriel et et surtout la rigueur et l'excellence perdue. Yves Ramette précise que cela fait 20 ans que la SNCF est enjointe à ce recadrage :

Nous avons lu un rapport de 1995 qui disait exactement la même chose que ce que nous avons constaté

Trop de pub, trop de marketing, trop d’effets d’annonce en direction des usagers au détriment de la maintenance, le reproche est fait depuis plusieurs années à Guillaume Pépy, patron de SNCF Mobilité. A sa décharge la Cour des comptes avait pointé en janvier 2017 que “la mainmise de l'Etat dans la gestion de l'entreprise handicape sa performance opérationnelle et financière”.

Mais s'il retrouvait toute liberté, accepterait-il de se faire dicter sa politique commerciale par Patrick Jeantet, le patron de SNCF Réseau ?

Certains posent aujourd’hui la question de la démission de Guillaume Pépy. Même lorsqu'il y a eu 7 morts en gare de Brétigny-sur-Orge l'Etat n'a pas réclamé sa tête.

► POUR EN SAVOIR PLUS | Quand la SNCF déraille : quelques exemples de bugs ferroviaires

SNCF: Philippe veut «consacrer beaucoup plus de moyens à l'entretien des réseaux existants»

http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2017/08/01/97002-2017080...

  • Par Le Figaro.fr avec AFP Mis à jour Publié

Le Premier ministre Edouard Philippe a affirmé mardi devant le Sénat qu'il voulait "consacrer beaucoup plus de moyens à l'entretien des réseaux existants", après la panne qui a touché la gare Montparnasse. "Pour des raisons de sécurité, il nous faudra consacrer beaucoup plus de moyens à l'entretien des réseaux existants", a déclaré M. Philippe. "SNCF Réseaux et SNCF Mobilité ont des progrès considérables à faire", a-t-il poursuivi. "Nous avons demandé à la SNCF de faire tout le retour d'expérience nécessaire d'un tel incident", notamment concernant le "manque d'information" donné aux voyageurs durant la panne, qui "posait notamment des questions de sécurité".

Édouard Philippe a indiqué avoir reçu mardi la ministre des transports Elisabeth Borne, le président de SNCF Réseau Patrick Jeantet, ainsi que le prédient de SCNF Mobilité Guillaume Pépy. Selon lui, la panne a touché "70.000 passagers" sur "un million et demi" et "3.500 personnes n'ont pu être acheminées".

La SNCF a affirmé mardi que la panne de signalisation à Paris-Montparnasse, qui avait provoqué une forte perturbation, avait été réparée et que d'autres perturbations, "beaucoup plus légères", étaient à prévoir mercredi.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu