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11/12/2017

Les pannes de la SNCF ou le retour d'une économie de l'intermittence

https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/0301...

Jean-Marc Vittori / Editorialiste

Une société qui devient numérique est à la fois plus efficace et plus fragile. Au-delà des pannes, notre monde revient vers l'intermittence, après l'ère industrielle des flux continus de production, d'énergie et de travail.

Une armoire qui brûle, une caténaire qui rompt, un logiciel d'aiguillage qui bogue, et la vie de milliers de voyageurs est chamboulée.  Notre société supporte mal ces pannes . Rien de plus logique : la promesse éternelle du train, c'est d'arriver à l'heure, contrairement à la diligence qui s'embourbait à la première pluie ou l'automobile qui prend vite un goût de bouchon. Ces pannes sont exaspérantes. Et pourtant... notre avenir est-il la ponctualité, la continuité, la permanence ? Ou au contraire le retour des intermittences ?

Pour qui prend souvent l'avion, la réponse est évidente : une grande régularité côtoie les ennuis à répétition. Il est parfaitement possible d'avoir trois heures de retard sur un vol trois jours de suite. Des heures perdues - pas facile de travailler dans un hall bondé sans savoir quand partira l'avion, ou en cheminant de l'appareil en panne vers un autre. Le train est plus fiable, mais il a ses éclipses, comme le prouve la SNCF avec une remarquable diversité de scénarios .

Irrémédiablement marqué par Microsoft

Dans des sociétés numérisées, la fragilité grandit au lieu de diminuer. Quand le réseau informatique d'une grande entreprise tombe en panne ou subit un piratage, des milliers de salariés ne peuvent plus rien faire. Quand le téléphone passe sur Skype, il peut devenir un instrument aléatoire, alors qu'il fallait auparavant une tempête en montagne pour couper le fil. Le consommateur peut bien sûr acheter 24 heures sur 24 et il sera livré avant Noël, promis. Sauf que le site du cybercommerçant peut sauter ou la livraison inopinément arriver le 27 décembre, empêchant le barbu en rouge d'accomplir son oeuvre en temps et en heure.

Il est pourtant difficile d'imaginer un retour en arrière. La SNCF ne remettra pas un cheminot à chaque aiguillage pour éviter qu'un pépin informatique ne bloque une gare : ce serait trop coûteux (et de surcroît périlleux, car jamais un ordinateur distrait n'a laissé passer un train sur une voie où arrivait une rame dans l'autre sens). Elle pourrait surinvestir pour limiter les risques. Mais le monde numérique semble irrémédiablement marqué par Microsoft, le fabricant du logiciel qui fait tourner la majorité des ordinateurs : c'est atrocement complexe, ça marche très bien la plupart du temps, mais ça bloque parfois de manière imprévisible et il faut alors relancer la machine. Au mieux.

Plus d'un divorce pour deux mariages

Ces pannes, ces blocages, ces interruptions peuvent sembler intolérables, contraires même à l'idée que l'on peut se faire de la modernité. Mais c'est la modernité du siècle précédent qui promettait la continuité. Nous revenons sans doute vers l'intermittence. Pour ce terme, le dictionnaire renvoie, au-delà des intermittences naturelles (la pluie, la fièvre), dans trois directions : les « intermittences du coeur » chères à Marcel Proust, les énergies intermittentes et les intermittents du spectacle. Vie affective, énergie, travail : parfait résumé des mutations à l'oeuvre.

Intermittences du coeur tout d'abord, car c'est ici que les changements ont commencé. Si le grand Marcel les reliait « aux troubles de la mémoire », elles vont bien au-delà. Le coeur a longtemps été laissé de côté dans la formation des couples et la vie familiale. Fruit d'arrangements longuement négociés, le mariage marquait le rapprochement de familles, avec souvent des enjeux patrimoniaux. Pour cultiver la terre, la stabilité était nécessaire. L'émancipation économique et juridique des hommes puis des femmes a changé la donne. Le coeur et ses intermittences jouent désormais un rôle central dans la vie privée. Si le Code civil stipule toujours que les époux se doivent fidélité, la stabilité éternelle a disparu. En France, on compte aujourd'hui plus d'un divorce pour deux mariages.

Intermittence des énergies ensuite. Jusqu'au XVIIIe siècle, l'humanité vivait avec des sources d'énergie variables, comme la lumière du jour ou le vent. Les révolutions industrielles peuvent s'interpréter comme le passage des énergies intermittentes aux énergies permanentes venues du charbon, du pétrole, du nucléaire. Avec des flux continus, les usines ont tourné en « 3x8 », ce qui était parfois indispensable (impossible d'arrêter longtemps un haut-fourneau). Mais les énergies fossiles posent aujourd'hui problème : les ressources ne sont pas infinies et leur combustion dégage des gaz en telle quantité que le climat en est, selon toute vraisemblance, dangereusement affecté. Le nucléaire, lui, fait peur.

Mode projet

D'où le retour en grâce des autres sources d'énergie, à commencer par le soleil et le vent. Mais en l'état actuel des technologies, les solutions de stockage ne sont pas assez puissantes pour  garantir l'approvisionnement à partir des seules énergies renouvelables . Il va falloir sans doute se refaire à un monde où l'énergie n'est pas disponible à volonté.

Intermittence du travail enfin. Bien sûr, il faudra toujours des médecins ou des pompiers à toute heure. Mais dans les entreprises, le travail répétitif, « routinier », est en voie d'automatisation. De plus en plus, le travail relève donc soit du soin personnalisé, soit de la conception et du chantier. Or contrairement à la bonne vieille production industrielle, ces activités sont discontinues.

Les sociétés de conseil emménagent dans des locaux « flex office » où il n'y  plus de bureau affecté à l'un ou à l'autre. De plus en plus, les entreprises fonctionnent en « mode projet », où les équipes se font puis se défont. Comme le suggérait  le sociologue Pierre-Michel Menger il y a quinze ans, les « intermittents du spectacle » ne constituent pas une exception marginale, mais la pointe avancée d'une métamorphose du travail. Nous revenons dans une ère d'intermittences.

Jean-Marc Vittori
@jmvittori

Après les Assises de la mobilité, des pistes pour les transports de demain

http://www.lepoint.fr/economie/apres-les-assises-de-la-mo...

AFP

Modifié le - Publié le | AFP

Après les Assises de la mobilité, des pistes pour les transports de demain

Une "étape" de réflexion, plutôt que le lancement concret de grands chantiers: le gouvernement doit tirer mercredi les leçons des Assises de la mobilité, vaste débat engagé en septembre pour l'aider à définir sa politique de transports.

Si la ministre des Transports Elisabeth Borne donnera quelques orientations, "ça sera une étape" dans une réflexion contrainte par les impératifs budgétaires, a expliqué un participant à l'AFP. "On ne va pas parler de projets, mais de la philosophie des projets."

En clair, il faudra attendre encore un peu, début 2018, pour savoir si l'on construira un jour, ou pas, des projets onéreux et controversés tels que la ligne à grande vitesse (LGV) Bordeaux-Toulouse.

On va en attendant parler multimodalité, amélioration des "transports du quotidien", financement des infrastructures, équilibre financier des transports en commun, alternative à l'écotaxe, livraisons, numérique, écologie, innovation, sécurité...

Une cinquantaine d'ateliers ont été organisés pendant deux mois et demi dans toute la France, pour enrichir la réflexion, tandis qu'une consultation en ligne a recueilli plus de 20.000 avis.

Pour comprendre la démarche d'Elisabeth Borne, il faut remonter au Grenelle de l'Environnement, lancé par Nicolas Sarkozy il y a dix ans.

La loi dite "Grenelle I" avait prévu la construction de lignes à grande vitesse (LGV) un peu partout en France, avec, corollaire, "l'ambition de ne plus augmenter la capacité routière globale".

Tandis que le gouvernement échafaudait diverses moutures d'un Schéma national des infrastructures de transport (Snit) à 250 milliards d'euros, des concertations publiques avaient été lancées sur des hypothèses de tracé.

La nouvelle ligne à grande vitesse (LGV) place Bordeaux à deux heures de Paris © LOIC VENANCE AFP/Archives
La nouvelle ligne à grande vitesse (LGV) place Bordeaux à deux heures de Paris © LOIC VENANCE AFP/Archives

Sous François Hollande, Philippe Duron --alors député (PS) du Calvados, et devenu entretemps président de l'Agence de financement des infrastructures de transport de France (Afitf)-- a été chargé de faire le tri, alors que la suppression de l'écotaxe laissait planer le doute sur les financements promis.

Au final, les LGV déjà lancées (Tours-Bordeaux, Le Mans-Rennes, contournement de Nîmes et Montpellier) ont été bouclées, sans toutefois que soient lancés des chantiers importants. Et, si beaucoup de rond-points sont apparus dans le paysage, peu de routes nouvelles ont été construites.

calendrier et financement

Arrivé aux affaires, Emmanuel Macron a annoncé "une pause" dans les grands projets. "L'Etat ne prendra plus de grands engagements, ne lancera plus de nouveaux grands chantiers tant que la loi d'orientation des mobilités ne sera pas adoptée", a lancé le chef de l'Etat en juillet.

Concrètement, Elisabeth Borne va donc --selon les mots de son ministère-- "définir (...) une stratégie et une programmation soutenables des actions à mener dans la prochaine décennie".

Dans le cadre des Assises, elle a installé un Conseil d'orientation des infrastructures (COI) composé de parlementaires, d'élus locaux et d'experts, qui doit réactualiser le travail fait en 2013 par Philippe Duron. Lequel en a pris la présidence.

Le COI a déjà commencé à examiner certains projets, selon un participant. Il rendra ses conclusions en janvier, permettant au ministère de préparer une loi de programmation des infrastructures --avec calendrier et financements--, qui sera une partie intégrante de la future loi d'orientation des mobilités.

L'ancien patron d'Air France, Jean-Cyril Spinetta, lors de l'ouverture des "Assises Nationales de la Mobilité", à Paris, le 19 septembre 2017 © ERIC PIERMONT AFP/Archives
L'ancien patron d'Air France, Jean-Cyril Spinetta, lors de l'ouverture des "Assises Nationales de la Mobilité", à Paris, le 19 septembre 2017 © ERIC PIERMONT AFP/Archives

C'est aussi en janvier que l'ancien patron d'Air France Jean-Cyril Spinetta devrait remettre son rapport sur la "refondation" du modèle ferroviaire français, tiraillé entre une priorité longtemps donnée aux TGV et la nécessité de rénover le réseau classique, sur fond d'endettement record et d'ouverture à la concurrence.

Le texte gouvernemental est attendu dans la foulée, à la fin de l'hiver. 

Les élus locaux sont évidemment en embuscade, qui ne comptent pas abandonner leur bout de LGV, leur desserte rapide, leur aéroport ou leur projet autoroutier.

Plusieurs ONG et associations de défense de l'environnement comptent a contrario sur ces Assises pour tourner la page des grands travaux.

11/12/2017 08:27:47 -          Paris (AFP) -          © 2017 AFP

18:06 Publié dans L’État, TGV | Lien permanent | Commentaires (0)

Aléas du lundi 11 au dimanche 17 Décembre 2017

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