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20/01/2018

« H00 », le plan de la SNCF pour faire partir les trains à l'heure

https://www.lesechos.fr/industrie-services/tourisme-trans...

Lionel Steinmann

Les trains qui partent avec 3 minutes de retard ont seulement 30 % de chances de ne pas arriver avec au moins 5 minutes de retard. C'est une des explications de la dégradation de la régularité ces dernières années. - Gilles ROLLE/REA

La SNCF lance une série de mesures pour rappeler ses agents au respect strict des horaires de départ, afin de diminuer les retards à l'arrivée.

Après les bonnes résolutions, l'action. Guillaume Pepy, le président du directoire de la SNCF, a présenté le 15 janvier à Aubervilliers à 400 directeurs d'établissement, le plan pour accroître la robustesse du système ferroviaire, c'est-à-dire diminuer le nombre de trains en retard.

Une mesure, la plus emblématique, a donné son nom à l'ensemble du programme : « H00 ». Il s'agit de rappeler à l'ensemble des équipes la nécessité de respecter strictement l'horaire de départ. « Il y a une vraie bataille des idées à mener là-dessus » (auprès des salariés), a indiqué Guillaume Pepy, selon des propos rapportés par la communication interne. Nous avons perdu de vue l'impératif du départ à l'heure. »

Dégradation de la régularité

Aujourd'hui, seuls 78 % des trains respectent précisément l'horaire. Et ceux qui partent avec 3 minutes de retard ont seulement 30 % de chances d'avoir moins 5 minutes de retard à l'arrivée. C'est une des explications  de la dégradation de la régularité ces dernières années.

Et partir à l'heure, rappelle « H00 », veut dire à la seconde près. « Il est trop souvent admis qu'un départ à 15 h 02 peut se faire jusqu'à 15 h 02 minutes et 59 secondes, souligne Alain Krakovitch, patron de l'activité Transilien et sponsor du programme. C'est oublier que dans les gares les plus fréquentées, les départs et les arrivées sont calés à 10 secondes près. » Un manque de rigueur qui peut sembler bénin peut donc déboucher  sur des retards en cascade .

 

Mobilisation collective

Par ailleurs, « il n'y a pas un, mais plusieurs H00 », rappelle Alain Krakovitch. De nombreuses opérations sont nécessaires en amont du départ du train : sortie de l'atelier, mise à quai, nettoyage le cas échéant... Les agents en charge de ces étapes doivent eux aussi s'astreindre à un respect rigoureux des horaires qui leur sont assignés. Avec cette mobilisation collective, la SNCF veut parvenir fin 2018 à 90 % de trains partant à l'heure pile.

L'entreprise ferroviaire va par ailleurs revisiter plusieurs règles d'exploitation cette année, à commencer par l'alerte radio. Aujourd'hui, celle-ci entraîne la fermeture des circulations sur une vaste zone dès qu'un incident est détecté sur les voies.

Des mesures de sécurité à revoir

Mais cette mesure de sécurité est finalement contre-productive, car les passagers des trains bloqués n'hésitent pas à ouvrir les portes malgré les consignes pour descendre eux-mêmes sur les voies... Ce qui étend encore la zone de blocage et repousse d'autant la reprise du trafic.

Avec au final de longs retards pour des dizaines de milliers de voyageurs. Sur le réseau Transilien, ils sont chaque année 4 millions à subir les conséquences d'une alerte radio.

Afin de limiter ces effets collatéraux, la SNCF va se servir de la géocalisation des trains pour définir de nouvelles règles, et principalement un périmètre de circulation suspendue plus réduit. Dans la même logique, les règles s'appliquant au cas de voyageurs malades devraient être eux aussi revues.

À noter

En décembre, le taux de ponctualité au départ n'était que de 72,6 % pour les TGV et 72,5 % pour les Transiliens, selon les statistiques de la SNCF.

Lionel Steinmann

09/01/2018

Que vaut la contre-attaque de la SNCF pour satisfaire les voyageurs?

https://lexpansion.lexpress.fr/entreprises/que-vaut-la-co...

Par , publié le , mis à jour le

Pagaille à la gare du Nord après une coupure électrique, décembre 2016.

Pagaille à la gare du Nord après une coupure électrique, décembre 2016. REUTERS/Yves Herman

La SNCF annonce une panoplie de mesures pour améliorer la ponctualité des trains et l'information des voyageurs. Mais leur réussite nécessite une profonde remise en cause. Pas forcément sur les rails.

Ont-ils été sermonnés? Reçus ce lundi par la ministre des Transports Elisabeth Borne, le président du directoire de la SNCF Guillaume Pepy et le PDG de SNCF Réseau Patrick Jeantet ont un programme chargé pour 2018. Alors que deux incidents d'exploitation ont semé la pagaille à la gare Montparnasse au cours de l'année écoulée, ils se sont engagés à renforcer "les trois fondamentaux" de l'entreprise, selon le communiqué du ministère: soit sécurité, ponctualité du service, et information des voyageurs. 

C'est à dire? Il s'agit avant tout de déployer le programme Rob.In (robustesse et information voyageurs), lancé officiellement le 11 septembre dernier après qu'un rapport d'experts internationaux a dénoncé au début du mois de juillet les "difficultés structurelles" de l'entreprise à satisfaire ses clients.  

La robustesse, dans le lexique ferroviaire, c'est la capacité à rendre un service fiable et ponctuel. Une gageure, dans le contexte du vieillissement du réseau, qui entraîne des dysfonctionnements imprévisibles, et des travaux nécessaires à son entretien, qui perturbent de façon programmée la circulation des trains. 

Circulation des trains: à la recherche du bon chef de gare

"Aujourd'hui chaque activité de SNCF Mobilités à ses propres parcours de production de trains: l'organisation est parcellisée entre le TGV, les TER, les Intercités et le fret. Chacun est dans son tube, plus personne ne se parle. Le programme Rob.In consiste à synchroniser les différents plans de transports pour améliorer la circulation de l'ensemble des trains", explique Véronique Martin, élue CGT au conseil d'administration. 

Il s'agirait donc de retrouver un chef de gare. Dans leur rapport, les experts suggéraient de confier à SNCF Réseau la responsabilité de l'exploitation du réseau. "La réforme de 2014 a commis une erreur en confiant la responsabilité du réseau à SNCF Mobilités", accuse Jean Lenoir, vice-président de la Fédération Nationale des associations d'usagers des transports (Fnaut), "dans la situation actuelle, chacun privilégie ses propres trains. SNCF Mobilités n'est pas bien placé pour trouver l'optimum. Par contre SNCF Réseau, qui a une vision d'ensemble et qui vit des péages, a tout intérêt à améliorer la circulation des trains. Surtout dans l'optique de la prochaine ouverture à la concurrence." 

Faute de coordination, le réseau français est sous-exploité à hauteur de 30% par rapport à ceux de nos voisins européens, selon la Fnaut. Dès la mi-juillet, la SNCF avait promis "d'inscrire les recommandations des experts dans la réalité avant l'été 2018." Mais pas un mot sur une prédominance de Réseau sur Mobilités dans le communiqué paru à l'époque. Il évoquait simplement une responsabilité conjointe. De fait, comme Guillaume Pepy est à la fois président du directoire de la SNCF et PDG de SNCF Mobilités, cette dernière entité prime. "La présidence du directoire devrait aller à SNCF Réseau", critique Jean Lenoir. 

Information voyageurs: une appli SNCF mais pas de miracle

Quelles nouveautés du côté de l'information aux voyageurs? Ce lundi, les dirigeants de la SNCF ont promis un "affichage systématique et lisible dans toutes les gares concernées" de tous les travaux ayant des conséquences sur la circulation des trains, un "indicateur de gravité des incidents d'exploitation du réseau affectant les voyageurs", et un rapport quotidien sur la régularité des trains TER, Transilien, Intercités et TGV.

Des "mesures complémentaires" par rapport au Rob.In, qui misait avant tout sur le perfectionnement de l'appli SNCF pour les smartphones. "L'appli, la solution miracle censée tout résoudre quand on ne sait pas quoi faire, alors qu'un tiers des Français ne maîtrisent pas l'usage des smartphones", raille Jean Lenoir. "L'entreprise mise sur l'appli, mais en cas de situation perturbée, les usagers préfèrent avoir de vrais agents en face d'eux", assure Véronique Martin. Encore faut-il que ceux-ci disposent d'informations fiables, ce qui n'était pas le cas pour les deux incidents de la gare Montparnasse.

SNCF : le casse-tête de la dette freine les investissements

http://www.europe1.fr/economie/sncf-le-casse-tete-de-la-d...

15h25, le 08 janvier 2018, modifié à 15h41, le 08 janvier 2018

SNCF : le casse-tête de la dette freine les investissements
La SNCF est étouffée par une dette colossale.@ ERIC PIERMONT / AFP

La ministre des Transports a reçu les dirigeants de la SNCF pour évoquer les pannes à répétition et la rénovation du réseau vétuste de chemins de fer.

C’est l’heure des explications. Après les multiples pannes techniques survenues dans des grandes gares ces six derniers mois, la SNCF est sommée d’apporter des réponses. Guillaume Pepy, PDG de SNCF Mobilités, et Patrick Jeantet, PDG de SNCF Réseau, étaient convoqués lundi par la ministre des Transports Elisabeth Borne.  Elle leur a demandé de procéder à un audit technique des grandes gares françaises et la question de la rénovation du réseau ferroviaire était sur la table. L’État prendra sa part dans les investissements mais la marge de manœuvre de la SNCF est restreinte par sa dette colossale.

Plus de 60 milliards d’euros de dette en 2025. L’endettement de SNCF Réseau s’élevait à 46 milliards d’euros mi-2016. Une situation intenable - rendue possible par le statut de l’entreprise, entre public et privé - et qui empire, à raison de trois milliards d’euros par an. Résultat, la dette devrait dépasser 60 milliards d’euros en 2025. Et il s’agit là du meilleur des scénarios : l’autorité de régulation du ferroviaire (l’Arafer) l’a jugé "irréaliste" car trop optimiste, en particulier sur le volet des recettes. Récemment, la ministre des Transports Elisabeth Borne a reconnu la responsabilité de l’État dans l’aggravation de la dette de la SNCF, jugeant que le problème avait été "sous-estimé par le passé".

Le tout-TGV a coûté cher. En effet, la dette de la SNCF a été aggravée ces dernières années par la politique d’expansion du réseau TGV, poussée par Nicolas Sarkozy puis François Hollande : des chantiers pharaoniques et coûteux qui ont doublé l’endettement annuel de 1,5 à 3 milliards d’euros. Ainsi va de la ligne Sud Europe Atlantique, qui relie Paris à Bordeaux. Lors de la conception, Guillaume Pepy estimait que 13 dessertes quotidiennes suffisaient pour cette ligne déjà "déficitaire quoi qu’il arrive". L’État en a finalement imposé 33, aggravant un peu plus le déficit de la ligne. Le problème, c’est que le TGV n’est plus rentable, deux tiers des lignes à grande vitesse sont déficitaires. La Cour des comptes a déjà vivement critiqué la gestion du réseau et le nombre élevé de gares TGV (230).

L’État investit 34 milliards. Ces nouveaux chantiers ont pris le pas sur la rénovation des vieilles lignes, parfois les plus fréquentées. Aujourd’hui, la multiplication des pannes techniques et informatiques apparaît comme le symbole d’un réseau usé jusqu’à la corde, faute d’investissements suffisants. Pour limiter les dégâts, la SNCF a lancé  des grands travaux de rénovation, à hauteur de cinq milliards d'euros par an, sur plus de 1.600 chantiers. Mais, à cause de sa dette, elle ne peut assurer seule l’entretien et la modernisation des infrastructures. C’est pourquoi l’État s’est engagé, début 2017, à investir de sa poche 34 milliards d’euros sur 10 ans dans le réseau. Mais il s’agit surtout d’une béquille pour aider la SNCF à redresser la barre, peut-être avant un rachat de la dette…

Toutes les solutions sont sur la table. La possibilité d’une reprise de la dette de la SNCF par l’État est un vieux serpent de mer. Le précédent gouvernement s’y était fermement opposé à cause de ses impératifs budgétaires vis-à-vis de l’Union européenne. Mais la position d’Emmanuel Macron ne serait pas aussi catégorique. "Il faut, d'une part, traiter la dette de la SNCF, en examinant les solutions à l'aune de leur impact progressif sur les finances publiques", avait-il indiqué pendant la campagne présidentielle. "Nous regarderons toutes les solutions", a confirmé Elisabeth Borne au Figaro,en octobre.

Un échange gagnant-gagnant ? Le gouvernement pourrait se servir de la reprise de la dette comme argument de négociation pour une réforme du fonctionnement de la SNCF. "Il faut que la SNCF gagne en performance, ce qui passe par la poursuite des efforts de productivité et par une évolution des règles d'emploi des cheminots", réclamait Emmanuel Macron avant d’être élu. La reprise pourrait aussi être utilisée pour faire passer la réforme des retraites. L’unification des régimes spéciaux, cheminots inclus, est une réforme clé du programme d’Emmanuel Macron. Mais elle sera difficile à faire accepter aux employés de la SNCF. Dans ce cadre, la reprise de la dette serait un argument dans la balance de l’exécutif. D’autant que les syndicats ont déjà alerté sur la nécessité pour la SNCF de tenir ses engagements financiers. Selon nos informations, Guillaume Pepy aurait la confiance du gouvernement pour mener à bien ces réformes.

Le gouvernement et la SNCF ont tout intérêt à s’entendre rapidement car la dette s’autoalimente. C’est le serpent qui se mord la queue : la dette empêche la SNCF de rénover efficacement et rapidement son réseau, d’où les pannes à répétition, ce qui entraîne des retards et donc des pénalités (les malus versés au Stif pour manquement à la ponctualité ont été multipliés par trois entre 2010 et 2014) et des remboursements, qui obligent à lancer des chantiers en urgence, ce qui coûte cher et pèse sur la dette, etc. Un cercle vicieux auquel il faut ajouter les intérêts cumulés sur cette dette colossale.

Par Clément Lesaffre

 
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