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10/03/2018

"Moins de rigidité pour la SNCF"

http://www.ledauphine.com/economie-et-finance/2018/03/09/...

Patrick Jeantet, PDG de SNCF Réseau.  Photo JULIEN LUTT/CAPA Pictures

Patrick Jeantet, PDG de SNCF Réseau. Photo JULIEN LUTT/CAPA Pictures

Patrick Jeantet, le PDG de SNCF Réseau, le gestionnaire du réseau ferré, donne sa vision de la réforme ferroviaire et estime qu’une grève n’est pas inéluctable grâce au dialogue avec les syndicats.

Patrick Jeantet, le PDG de SNCF Réseau, le gestionnaire du réseau ferré, donne sa vision de la réforme ferroviaire et estime qu’une grève n’est pas inéluctable grâce au dialogue avec les syndicats.

Craignez-vous une grève dure contre la réforme ferroviaire ?

Personne n’a intérêt à un conflit. Le gouvernement a lancé une concertation de deux mois. De notre côté, nous dialoguons aussi avec les syndicats. La grève n’est pas inéluctable. La SNCF a besoin de cette réforme d’avenir. Il faut moins de rigidité pour développer le ferroviaire de demain.

Pourquoi faut-il revoir le statut des cheminots ?

Le statut est une de ces rigidités. À cause du statut, un jeune avec une expérience est embauché au niveau 1 comme un débutant. Une autre rigidité, c’est la grille salariale avec un avancement quasi automatique. Le surcoût lié à l’embauche au statut serait un handicap pour la SNCF, qui serait la seule à recruter dans ce cadre, lors de l’ouverture à la concurrence.

Quel est le surcoût réel du statut ?

C’est de l’ordre du tiers du surcoût de 30 % évoqué par le Premier ministre. Après, il y a aussi un surcoût lié à l’organisation du temps de travail.

Quel sera l’impact de la réforme sur la régularité des trains ?

La réforme aidera la SNCF à améliorer la qualité de service. La concurrence nous obligera à être moins chers. En Allemagne, la baisse des coûts a permis d’augmenter de 30 % le volume de trains et de 55 % le nombre de passagers en vingt ans. C’est le résultat d’une ouverture à la concurrence qui s’est plutôt bien passée.

Qui doit rembourser la dette de 47 milliards d’euros de SNCF Réseau ?

Le Premier ministre a annoncé que les efforts devront être partagés. Dès lors que la SNCF y aura contribué, l’État prendra sa part de responsabilités avant la fin du quinquennat. On est en train de discuter de l’équilibre complet du modèle financier du ferroviaire. Le plus important, c’est l’investissement pour rénover la partie la plus circulée du réseau classique. L’État s’est engagé sur 3,6 milliards d’euros par an pendant dix ans, 50 % de plus que sur les 10 dernières années.

Le sort des petites lignes est laissé aux régions. Sont-elles condamnées ?

Il n’y a pas d’abandon des petites lignes. Le Premier Ministre a dit clairement qu’il ne suivra pas les préconisations du rapport Spinetta. Les investissements sont d’ailleurs passés de 546 millions en 2016 à 818 millions en 2017. Leur rénovation est financée à travers les plans État-Région. Dans une vallée de montagne avec une mauvaise route, il faut sûrement garder la voie ferrée. Par contre, si vous avez un train aller-retour et que pour 40 % de subvention en moins vous pouvez avoir quatre allers-retours en bus, quel est le meilleur service ? Il faut probablement faire du cas par cas.

Le vieillissement du réseau pose-t-il des problèmes de sécurité ?

On assure la maintenance et des agents font des tournées à pied : les 30 000 kilomètres du réseau sont vérifiés toutes les trois semaines. Parallèlement, on numérise le système de surveillance avec des capteurs embarqués sur les trains et au sol. En dessous de certains critères, soit on répare immédiatement, soit on met une limitation temporaire de vitesse pour assurer la sécurité. Aujourd’hui, 5 000 kilomètres sont dans ce cas. C’est la conséquence du sous-investissement des décennies passées.

Après l’accident au passage à niveau de Millas, avez-vous la certitude que les barrières étaient baissées ?

Il y a une expertise judiciaire en cours. Cette question doit être posée aux juges d’instruction.

08/03/2018

SNCF : la menace d’une grève

http://www.ledauphine.com/economie-et-finance/2018/03/08/...

La CGT reproche au gouvernement de prévoir un plan d’investissement très insuffisant, de 20 % inférieur à celui prévu par l’Allemagne.  AFP

La CGT reproche au gouvernement de prévoir un plan d’investissement très insuffisant, de 20 % inférieur à celui prévu par l’Allemagne. AFP

Le premier syndicat de cheminots veut peser dans le débat. La CGT réclame un plan ambitieux pour développer le transport en train et prévient que la grève sera inévitable si le gouvernement campe sur ses positions.

La semaine prochaine s’annonce décisive pour la grande réforme ferroviaire lancée par le gouvernement. Le Premier ministre Édouard Philippe a annoncé qu’il voulait aller vite en ayant recours aux ordonnances, comme pour la réforme du code du travail. Le projet de loi d’habilitation permettant d’avoir recours aux ordonnances sera présenté mercredi en conseil des ministres.

Le lendemain, Guillaume Pepy, le PDG de la SNCF, remettra son projet d’entreprise à la ministre des Transports, Élisabeth Borne. Le 15 mars, c’est aussi le jour choisi par le front unitaire des syndicats de cheminots pour décider d’un éventuel appel à une grève nationale reconductible qui pourrait débuter entre le 24 mars et le 6 avril, avant la discussion du projet de loi au Parlement.

L’état de délabrement du réseau ferroviaire

« La grève est inévitable si le gouvernement ne nous entend pas. Nous avons été auditionnés, mais il n’y a pas de dialogue social », prévient Laurent Brun, secrétaire général de la fédération CGT des cheminots. Le premier syndicat à la SNCF a présenté hier son contre-projet pour sauver le système ferroviaire français.

Farouchement opposée à toute privatisation, la CGT demande à la France de faire jouer les exceptions prévues par les textes européens afin de repousser l’ouverture à la concurrence. « L’état de vieillissement et de délabrement du réseau ferroviaire ne permet pas une mise en concurrence avec une date butoir en 2023 pour les TER. En région parisienne, elle pourra d’ailleurs s’étaler jusqu’en 2039 », constate Laurent Brun.

Le syndicat réclame un plan ambitieux pour augmenter la part du train dans le transport de voyageurs et de fret. La CGT reproche au gouvernement de faire le jeu du « tout routier » en particulier lorsque l’État décide d’abandonner les petites lignes aux régions, déjà exsangues. « L’Allemagne, dont l’entreprise publique a été désendettée et dont le réseau est en bon état, va consacrer 28 milliards d’euros sur cinq ans à son système ferroviaire, 20 % de plus que le plan annoncé par Édouard Philippe », observe le patron des cheminots CGT.

Pour financer les investissements, le syndicat propose de réaffecter certaines ressources, comme la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) qui serait réservée aux infrastructures de transport, alors qu’elle sert actuellement à payer une partie du RSA (Revenu de solidarité active).

Laurent Brun veut prendre les Français à témoin, même si la cote d’amour des cheminots dans l’opinion souffre de leur image de nantis. « Nous voulons un vrai débat. Il n’est pas dit que la population ne souhaite pas un développement du ferroviaire public plutôt que la privatisation et la réduction de l’offre proposées par le gouvernement ».

La CGT s’attend à une grève dure si le gouvernement décide de passer en force. « La mobilisation sera très forte. Il y a une vraie colère des cheminots, y compris au niveau de l’encadrement, ce qui est assez nouveau », observe Laurent Brun, en se gardant bien de faire un parallèle avec la grève de 1995 qui avait fait plier le gouvernement Juppé : « Le contexte n’est pas le même. »

03/03/2018

SNCF : « Il est plus compliqué aujourd’hui qu’en 1995 de construire une mobilisation de grande ampleur susceptible de durer »

http://www.lemonde.fr/politique/article/2018/03/03/sncf-i...

La chercheuse Sophie Béroud compare la situation sociale et politique actuelle à celle de 1995, année du plus grand conflit depuis Mai 68.

LE MONDE | • Mis à jour le |

Propos recueillis par Jérémie Lamothe

Manifestation pour le retrait du plan Juppé de réforme du système de prévoyance sociale, à Paris, en décembre 1995
Manifestation pour le retrait du plan Juppé de réforme du système de prévoyance sociale, à Paris, en décembre 1995 STF / AFP

Une France paralysée pendant plusieurs semaines, des millions de manifestants dans les rues et un gouvernement qui finit par reculer… Avec sa réforme de la SNCF lancée lundi 26 février, le gouvernement d’Edouard Philippe peut-il revivre la fronde sociale qui s’était érigée fin 1995 contre le premier ministre d’alors, Alain Juppé ?

Face à la volonté de l’exécutif de mettre fin au statut des cheminots pour les nouvelles recrues de l’entreprise ferroviaire et de réformer par ordonnances, la CGT-Cheminot a en effet annoncé être prête « à faire un mois de grève pour faire plier le gouvernement ». Alors la comparaison avec le conflit social de 1995 est-elle pertinente ?

Maîtresse de conférence en science politique et spécialiste des mouvements sociaux, Sophie Béroud revient sur les racines du conflit le plus dur depuis Mai 68 et estime qu’il sera plus compliqué aujourd’hui pour les syndicats de mobiliser sur plusieurs semaines.

Depuis l’annonce d’un mouvement social à venir contre la réforme de la SNCF, beaucoup font la comparaison avec 1995. Est-ce que cela vous semble pertinent ?

Pas mal d’éléments diffèrent par rapport à 1995. On n’était pas dans la même configuration politique. A l’époque, Jacques Chirac avait fait toute sa campagne sur la fracture sociale, ce qui lui avait permis de se démarquer d’Edouard Balladur. Il n’avait pas annoncé les réformes qui allaient entraîner ce mouvement social. Les acteurs syndicaux ont donc pu reprocher à Chirac de ne pas tenir ses engagements. Là, Emmanuel Macron a fait campagne sur sa volonté de réformer.

Par ailleurs, en 1995, le gouvernement avait lancé deux réformes en même temps : la réforme de la Sécurité sociale et l’alignement des retraites du secteur public et des régimes spéciaux sur celles du privé. Cela avait permis une jonction de la contestation entre différents secteurs, ce que souhaite empêcher le gouvernement d’Edouard Philippe. Une...

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