La grève “perlée” des cheminots de la SNCF va reprendre ce vendredi 18 mai pour un nouvel épisode de deux jours. Après une très forte mobilisation lundi dernier, la participation sera scrutée à la loupe. D’autant que la réforme ferroviaire continue son parcours devant le Parlement, avec son examen au Sénat dès la semaine prochaine. Elisabeth Borne, la ministre des Transports, vient d’ailleurs de préciser certains points du projet de loi, notamment la question, sensible pour les syndicats, du transfert de salariés de la SNCF vers le privé en cas de marché perdu par la compagnie ferroviaire, au bénéfice d’une autre entreprise.

“Nous ne pourrons pas renoncer au principe qu'il y aura nécessairement une part de transfert obligatoire, car c'est indispensable pour garantir la continuité du service public”, a notamment déclaré Elisabeth Borne mercredi 16 mai, auditionnée par la commission du Développement durable de l’Assemblée nationale. En contrepartie, la ministre a aussi fait valoir que priorité serait donnée au volontariat, que les cheminots passant moins de la moitié de leur temps sur les lignes concernées par le transfert pourront bénéficier d’un reclassement au sein de la SNCF, ou encore la possibilité de revenir au sein de la compagnie ferroviaire publique, après en être partie, tout en bénéficiant du statut.

Malgré ces promesses, les cheminots redoutent de perdre la plupart de leurs avantages en étant transférés au privé. Contacté par nos soins, la CFDT se veut toutefois plus rassurante. “Nous négocions actuellement avec le ministère et les parlementaires les avantages qui pourront être maintenus avec le transfert, en les intégrant au projet de loi de réforme ferroviaire. Le salaire pourrait par exemple être maintenu au moins sur 15 mois. Quoi qu’il en soit, nous estimons en tout cas qu’entre 50% et deux tiers des avantages du statut de cheminot pourraient être maintenus après ces transferts dans le privé”, confie un responsable national de la CFDT Cheminot.

Dans le détail, les salariés de la SNCF transférés dans le privé pourraient par exemple continuer à bénéficier de l’interdiction du licenciement économique. “Nous essayons aussi actuellement de conserver la même couverture sociale, notamment en ce qui concerne les allocations familiales”, poursuit le responsable CFDT. En revanche, certaines spécificités du statut des cheminots ne pourront en aucun cas être incluses au transfert : c’est le cas de l’autorité hiérarchique, tout comme de l’évolution salariale. “Les entreprises privées bénéficient de leurs propres grilles salariales, qu’il n’est juridiquement pas possible de toucher”, précise le syndicaliste.

“Le statut est à la fois protecteur, mais aussi ralentisseur de carrière”

Et de reconnaître que l’herbe est de toute façon parfois plus verte chez le voisin. “Prenons l’exemple d’Euro Cargo Rail (ECR), une entreprise ferroviaire allemande spécialisée dans le fret et filiale de la Deutsche Bahn, le salaire d’entrée d’un conducteur de train y est plus important qu’à la SNCF”, reconnaît le responsable national de la CFDT. De même, selon lui, l’évolution de carrière proposée dans le privé pourra parfois être plus rapide pour les salariés de la SNCF les plus “dynamiques”. “Le statut est à la fois protecteur, mais aussi ralentisseur de carrière”, reconnaît-il. L’ouverture à la concurrence débutera dès 2019 avec les lignes régionales, et s’étalera jusqu’en 2023.