L’Euro de foot est terminé, mais Guillaume Pepy, lui, reste “on the ball“. Avec cette expression de Florence Parly, la directrice générale de SNCF Voyageurs, il faut comprendre que le président du directoire et patron de Mobilités est bien aux commandes pour mener la destinée d'un groupe public qui est plus que jamais sous pression dans son cœur de métier ferroviaire.
 
La preuve, cet été - période cruciale avec 25 millions de voyageurs attendus jusqu'au 4 septembre - l’entreprise ferroviaire a ouvert une brèche dans sa politique commerciale. Pour contrer l'agressivité sur les prix de BlaBlaCar et des compagnies d'autocar, la SNCF brade, depuis le 27 juin, certaines places pour des départs de dernière minute sur certains trains (offre #TGVpop), ce qui constitue une entorse au dogme habituel : plus le client s'y prend tôt, moins cela lui coûte.
 
Le calme avant la tempête ?
 
Sur le plan interne, c’est un curieux calme qui règne au sein de SNCF Mobilités. La longue grève menée par le duo CGT-cheminots et Sud-rail liée à la mayonnaise nouveau cadre social-loi Travail est enfin terminée. On panse des plaies qui sur le plan financier ont coûté quelque 300  millions d'euros et beaucoup en termes d'image.

La grave crise entre Guillaume Pepy et sa tutelle gouvernementale, quant à elle, n’est même plus un mauvais souvenir. C’est un épisode totalement refoulé par la direction de la SNCF comme s’il ne s’était rien passé et comme si la démission ratée de Guillaume Pepy n’avait laissé aucune trace.

"Le président de la SNCF continue de travailler étroitement avec Alain Vidalies comme il l’a fait lors de la préparation de la réforme sociale", explique-t-on dans l’entourage du secrétaire d’État aux Transports.

Plus question de départ donc ? Le président de la SNCF file droit et la tutelle apprécie sa connaissance du secteur. Jusqu’au prochain coup de pied à l’âne ? A moins que son remplacement n'intervienne à l’automne.

"L'attachement affectif de Guillaume Pepy pour le groupe ferroviaire n'est pas commun. S'il devait partir, il faudrait lui trouver une porte de sortie à la hauteur. Or les postes importants à pourvoir ne sont pas légion. Pour lui, voir Jean-Marc Janaillac, qui dirigeait un groupe bien moins important que la SNCF, propulsé à Air Fance KLM et devenir en quelque sorte son égal n'est sans doute pas facile à vivre", analyse le député PS Gilles Savary. Lequel rendra vers la fin septembre un rapport sur le suivi de l'application de la loi de réforme ferroviaire de 2014. Ce travail coproduit avec le député UDI Bertrand Pancher promet d'être sans concessions envers de nombreux acteurs.
 
Des départs en cascade

Quoiqu'il en soit, la gouvernance de SNCF Mobilités ne sort pas renforcée de la séquence de ces derniers mois. Aucun numéro 2 n’émerge véritablement, même si Florence Parly, devenue la directrice générale de SNCF Voyageurs est montée en grade sur le plan opérationnel consécutivement au départ surprise de Barbara Dalibard, qui est effectif depuis le début de l'été.

En tout cas; la série de défections de dirigeants interroge. Elle a débuté au printemps avec le départ de Sophie Boissard (ex-responsable de l'immobilier). Elle s'est poursuivie avec celui du directeur de l'information Christophe Piednoel qui ne s’entendait pas avec le directeur de la communication Christophe Fanichet, puis avec l'annonce du départ d'Yves Tyrode de la direction du numérique, un poste stratégique pour conduire une transformation du groupe SNCF présentée comme essentielle.

La greffe sur le mammouth SNCF de ce dirigeant, qui venait lui aussi de chez Orange à l’instar de Barbara Dalibard, aura duré moins de deux ans. Des nominations sont attendues sans doute à la rentrée pour réorganiser d'une part la direction de la communication et du service de presse ; d'autre part, la direction du numérique qui devrait être fusionnée avec celle de l'informatique.
 
Du côté du deuxième grand EPIC du groupe ferroviaire, SNCF Réseau des nominations sont également à attendre. Le nouveau président Patrick Jeantet prend ses marques, peaufine sa stratégie et les moyens de la mettre en œuvre. On imagine que l'ensemble ira en faveur d'un renforcement de l'autonomie opérationnelle et stratégique du gestionnaire du réseau par rapport à l'opérateur historique.
 
Des annonces très attendues

Par ailleurs, dans les semaines qui viennent, plusieurs décisions de natures différentes doivent modeler l’avenir du groupe ferroviaire.

Dans l’immédiat, probablement le 20 ou le 21 juillet, le secrétaire d’État Alain Vidalies doit annoncer ses décisions finales sur l’avenir des TET. Côté trains de nuit, selon nos informations, personne d’autre que Transdev n'a répondu à l'Appel à manifestation d'intérêt lancé par le ministère des Transports.

On risque donc de s’acheminer à la fin de l’année vers la fermeture des six trains sur huit. Une issue qui émeut la CGT-cheminots. Dans un communiqué diffusé le 13 juillet, le premier syndicat de la SNCF estime "urgent" qu'un accord soit trouvé entre l'État et la SNCF pour maintenir ce "maillon vital" du service public que l'État "sacrifie". Peut-être le syndicat de Gilbert Garrel devrait-il entamer une grève pour assouplir le tout nouveau cadre social ferroviaire qui n'est pas pour rien dans ces sombres perspectives...
 
Les Régions reprennent la main

Côté Intercités de jour, un grand chambardement se prépare. Il devrait donner lieu au renforcement du rôle des Régions comme autorités organisatrices. Alain Vidalies devrait, en effet, annoncer la conclusion entre l'État et un certain nombre de Régions d'accords transférant certains lignes TET aux autorités organisatrices régionales, à l'instar du protocole signé avec la Normandie.

Parallèlement, l'État et les régions vont mettre en musique l'accord de principe signé fin juin 2016 qui doit permettre de confier à d'autres opérateurs que la SNCF la gestion de certaines petites lignes de TER avant 2019. Par ailleurs, le gouvernement devrait aussi en dire plus – calendrier d'appel d'offres, financement – sur la commande de nouvelles rames spécifiques à ces grandes lignes.
 
Une issue trouvée sur la dette ?

S'agissant du matériel roulant pour la grande vitesse, c'est à la rentrée que la SNCF devrait tracer la route du TGV du futur. Le conflit social de juin a retardé l'annonce du choix du partenaire industriel avec lequel la SNCF élaborera le matériel remplaçant les rames actuelles, avant de passer commande. Le secret de polichinelle de la désignation d'Alstom – dont l'État contrôle 20 % des droits de vote depuis que Bouygues lui prêté ses actions – devrait ainsi être levé.
 
Mais la fin de l'été sera aussi l'occasion d'orientations plus larges. Un rapport sur un éventuel désendettement de SNCF Réseau doit être remis au Parlement. Et l'arlésienne de la signature du contrat de performance État-SNCF Réseau attendu depuis deux ans pourrait changer de statut et se concrétiser. 
 
Marc Fressoz