Cinq régions renégocient en ce moment leurs conventions TER (trains régionaux), discrètement ou avec fracas, face à une SNCF consciente que la fin de son monopole approche.

Grand Est, Auvergne Rhône Alpes, PACA, Occitanie et Pays de la Loire mettent ainsi à l’épreuve la stratégie du nouveau directeur général du TER, Franck Lacroix qui incarne un discours de rupture : avec lui l'opérateur ferroviaire ne pratique plus le déni face aux problèmes et promet de faire baisser la facture qu'il transmet aux conseils régionaux. 
 
De leur côté, dans leur négociation avec la SNCF, les présidents ou vice-présidents de régions au périmètre renforcé optent pour deux stratégie différentes.

L'appel à la concurrence
 
Christian Estrosi, le président LR de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur (PACA) incarne la stratégie la plus spectaculaire celle du bras de fer mis en scène. Il a d'abord annoncé le 5 octobre la rupture de « toute négociation avec la SNCF » sur une nouvelle convention, alors que l'actuelle arrive à échéance en décembre 2016 et qui pourrait dans le pire des cas, être prorogée d'un an, si la nouvelle n'est pas conclu
 
L'élu a aussi pris position pour "l'accélération de l'ouverture à la concurrence dès 2019", comme l'envisage la Commission européenne, et "même avant si l'Etat le permet".
 
Or ce n’est pas vraiment à l’ordre du jour. En juin 2016, le gouvernement Valls et Régions de France ( l'ex ARF) se sont accordés pour mener, sur un groupe de petites lignes dont la liste doit être arrêtée région par région, des expérimentations de gestion avec des opérateurs alternatifs à la SNCF.

Pas question aujourd'hui d'une mise en concurrence massive à l'horizon 2019. Elle n’est d'ailleurs pas envisageable tant qu’un accord social n’est pas conclu pour encadrer l'éventuel transfert des agents cheminots vers les nouveaux opérateurs en cas de perte de contrat par la SNCF.
 
En fait, la mise en scène de Christian Estrosi vise surtout à obtenir un bon rabais sur la facture 2016, dont le montant initial (291 millions d'euros) va de toute façon être diminué des pénalités liées aux nombreuses grèves et autres trains annulés faute de conducteurs.

"Le client à raison"
 
"Le client a raison" a expliqué en substance Guillaume Pepy la semaine passée lors d'un déplacement à Lyon. Dans les rangs de la SNCF, on ne nie pas que la production a été déplorable cette année, avec une régularité en berne.

Pour remettre la négociation sur la bonne voie, le directeur national des TER, Franck Lacroix, a en plus "proposé à M. Estrosi d'aller au-delà du cadre contractuel" et promis de se rendre à Marseille "avant la fin du mois" pour détailler son plan d'actions destiné à améliorer sur le moyen terme le trafic ferroviaire dans la région, a-t-il expliqué à l'AFP.
 
En Paca comme ailleurs, "on sait qu'on doit baisser la facture pour les régions" mais "il faut qu'on arrive à le faire ensemble", a ajouté Franck Lacroix.
 
Ce ne sera pas non plus chose aisée en Auvergne-Rhône-Alpes, où la nouvelle convention TER est suspendue au sort de la ligne de trains de nuit entre Paris et la Savoie, supprimée depuis le 1er octobre 2016 sur décision du gouvernement.
 
Ce sujet "est un préalable à la négociation"  ont fait savoir trois vice-présidents de cette région dirigée par Laurent Wauquiez (LR).

Philippe Richert négocie tranquillement
 
Un second groupe de régions opte pour une stratégie de négociations plus feutrée, du moins sans éclat jusqu'à présent. Philippe Richert, président du Grand Est et de Régions de France négocie en parallèle une nouvelle convention TER et la  reprise de trois lignes Intercités, moyennant contreparties de l'Etat.
 
"Je n'ai aucun problème avec la SNCF, je n'ai pas de comptes à régler", assure-t-il, satisfait des 96,7% de régularité de ses trains régionaux et de la stabilité de sa facture depuis quatre ans. Partisan de l'ouverture à la concurrence, il s'en tient à la feuille de route tracée en juin avec l'Etat en vue d'une expérimentation. "Ça va demander un minimum de temps", prédit-il, d'autant qu'il faudra pour cela faire voter une loi, qui devra trouver sa place dans un calendrier parlementaire raccourci par les élections du printemps.

Pour la convention en cours de négociation, «on n'a pas le temps de le faire», reconnaît-il, mais «on va mettre en place des clauses» qui permettront de tester la concurrence quand la loi l'autorisera.

Une approche que ne partage pas du tout l'Occitanie, région présidée par la socialiste Carole Delga. «Nous ne souhaitons pas cette mise en concurrence», résume à l'AFP son vice-président aux transports, Jean-Luc Gibelin. La région joue néanmoins de cette position de principe pour obtenir davantage de concessions. «La balle est dans le camp de la SNCF», affirme-t-il.

En Pays de la Loire également «on veut installer une relation beaucoup plus exigeante» avec l'entreprise publique, explique à l'AFP Bruno Retailleau (LR), qui assume de «travailler silencieusement». Le président de la région ligérienne dit «étudier les possibilités d'ouverture à la concurrence» et vouloir à la fois «une plus grande qualité de service» et une facture maîtrisée. "C'est une discussion pied à pied, où on ne lâchera rien", prévient-il, ajoutant qu'il "ne signera pas la convention en 2016, c'est une évidence".

MF avec AFP