http://www.liberation.fr/economie/2013/10/22/la-sncf-doit-ceder-ses-gares-selon-l-autorite-de-la-concurrence_941454

Catherine MAUSSION 22 octobre 2013 à 16:44

L’Autorité de la Concurrence revient à la charge sur les gares SNCF. Invitée par le gouvernement à donner son avis sur la réforme  ferroviaire, qui va couper en deux la SNCF, avec d’un côté l’exploitation des trains, et de l’autre le réseau ferré, elle suggère avec insistance que ces espaces, devenus parfois des petits centres commerciaux, soient retirés à la SNCF et transférés à l’entité en charge du réseau ferré.

Son argumentaire tient en deux points. D’abord, ces gares qui ont bénéficié pour certaines de lourds investissements, «occupent des emplacements stratégiques, avec des emprises foncières parfois considérables, et elles peuvent rapporter beaucoup d’argent, comme on le voit en Allemagne ou en Grande-Bretagne», souligne Bruno Lasserre, le président de l’Autorité. Or ces revenus seraient bienvenus pour aider à la maintenance du réseau et à la construction de nouvelles lignes.

L’autre raison s’inscrit dans la perpective d’une ouverture à la concurrence programmée pour 2019. Il ne serait pas raisonnable de laisser à l’exploitant SNCF, explique ainsi l’Autorité, le soin de traiter les demandes de ses concurrents pour l’implantation de ses guichets et de ses services en gare: «La SNCF pourrait être tentée de privilégier ses propres besoins».  

Cette petite révolution avait déja été suggérée dans un rapport remis au gouvernement au printemps dernier en amont de la réforme ferroviaire. Son auteur, Jacques Auxiette, porte-parole des régions et financeurs des TER, recommandait le regroupement  de l’ensemble du patrimoine ferroviaire, dont les quais et les gares, au sein du gestionnaire de l’infrastructure, et ce «afin de garantir l’accès impartial au réseau».

L’initiative de la saisine de l’Autorité de la Concurrence vient du gouvernement qui n’y était pas obligé. Cet avis, une fois rendu, et qui approuve les grandes lignes de la réforme ferroviaire, ne s’impose pas davantage au gouvernement. Mais sur ces questions délicates touchant à l’ouverture à la concurrence, les conseils donnés par l’Autorité ne peuvent être balayés d’un revers de main. La Commission européenne, chatouilleuse sur ce registre-là, veille au grain.

Dans l’entourage de Frédéric Cuvillier, le ministre des Transports, on fait remarquer que l’Autorité ouvre une alternative au transfert brutal des gares chez le gestionnaire du réseau: une séparation juridique plus marquée qu’aujourd’hui entre les gares et le reste de l’exploitation des trains, et «cette séparation peut attendre l’horizon 2019», estime t-on au Ministère.

Pour sa défense, la SNCF, hostile au transfert, soutient qu'elle peut respecter l'équité entre concurrents sans pour autant céder ses gares. Celles-ci font d’ailleurs l’objet d’une comptabilité séparée depuis 2011. Elle vient même d'enfourcher un nouveau destrier: l'ouverture des commerces situés dans ces zones, le dimanche, le meilleur antidote contre le sentiment d'insécurité. Quant aux 130 millions de redevances perçues pour les emplacements (bureaux, commerces...) loués en gare, la moitié est réinvestie dans des projets de rénovation, tandis que 3 milliards d'euros d'investissement sont programmés d'ici 2020. 

Catherine MAUSSION