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30/03/2018

SNCF : vive la concurrence

https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/0301...

David Barroux / Rédacteur en chef Le 29/03 à 18:07

La SNCF n'a pas besoin de moins de concurrence. Mais de plus. Un ex-monopole fort n'est pas forcément perdant dans un monde concurrentiel.

Faut-il plus de concurrence ou moins de concurrence dans le rail français ? Pour tenter d'apaiser la colère des cheminots sur le point de se lancer dans un vaste mouvement social, le gouvernement serait, paraît-il, prêt à mettre un peu d'eau dans le vin de la concurrence ferroviaire. Pour couper l'herbe sous les pieds des grévistes, il suffirait de leur promettre que la concurrence qu'ils semblent tant redouter ne sera pas pour tout de suite.

En agissant de la sorte, l'exécutif risque de faire doublement fausse route. D'abord parce que plus que la fin progressive du monopole ferroviaire, c'est la question de la remise en cause du statut des cheminots qui inquiète dans les rangs de la SNCF. Et ensuite, parce qu'au lieu de donner partiellement raison à ceux qui cherchent à diaboliser une concurrence soi-disant imposée contre notre gré par la Commission européenne, la logique serait au contraire de défendre le principe même de la fin du monopole ferroviaire.

Moderniser les ex-monopoles

Dans bien des secteurs, pas besoin d'être un prix Nobel d'économie pour constater que le développement de la concurrence a permis de faire baisser les prix sans pour autant dégrader le service. Dans les télécoms, l'audiovisuel, le transport aérien, la fin des monopoles publics a bien stimulé la demande en contribuant à améliorer l'offre. Certes, de telles réformes ont parfois été douloureuses pour les ex-monopoles publics qui n'ont pas su se réformer. Mais l'histoire économique a aussi prouvé que les anciens monopoles qui ont le plus embrassé le jeu de la concurrence ont le plus souvent réussi à tirer leur épingle du jeu. Même s'il a perdu des parts de marché, un groupe comme France Télécom qui s'est rebaptisé Orange, a réussi à croître en lançant de nouveaux services et en n'hésitant pas à tendre la main à des concurrents comme Free ou d'autres qui se sont appuyés sur ses réseaux.

Certes, le monde du ferroviaire a ses spécificités. Pas question de multiplier les infrastructures ou de permettre à des concurrents de ne s'attaquer qu'aux segments les plus rentables du marché. Qui dit concurrence, ne dit pas concurrence forcément sauvage et absurde. Il faut des règles du jeu et un régulateur indépendant et avisé. Mais une ouverture du marché bien encadrée peut profiter à tous et il y a même fort à parier que si la SNCF acceptait de moderniser son cadre social, elle pourrait se donner les moyens d'être la grande gagnante d'un rail concurrentiel comme le prouvent ses filiales internationales qui évoluent dans des cadres concurrentiels. Vivre dans la mythologie d'un service public parfait n'est plus réaliste quand les déficits se creusent, que la qualité de service se dégrade et que l'essentiel des coûts du ferroviaire est à la charge de contribuables à qui on ne demande jamais leur avis.

David Barroux

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