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10/02/2018

SNCF : «Les conditions sont réunies pour un mouvement social plus dur qu'en 1995»

http://www.leparisien.fr/economie/sncf-les-conditions-son...

Economie|Vincent Vérier| 07 février 2018, 11h17

 

Fabien Villedieu, cheminot et délégué syndical SUD-Rail. LP/MATTHIEU DE MARTIGNAC

 

Fabien Villedieu, délégué SUD-Rail, conducteur à Paris Sud-Est, met en garde le gouvernement, alors qu'un rapport proposant des pistes de réformes pour l'entreprise publique va être remis dans les prochains jours.

Système ferroviaire à bout de souffle, discussions sur l'ouverture à la concurrence du rail, remise du rapport Spinetta au gouvernement... Voici les ingrédients d'un cocktail qui risque de s'avérer explosif et laisse entrevoir la perspective d'un conflit social dur à la SNCF. Ce que confirme le syndicaliste Sud-Rail, Fabien Villedieu, qui estime que les conditions sont réunies pour un mouvement plus dur encore qu'en 1995. La SNCF avait alors été bloquée par trois semaines de grève. La CGT appelle déjà ses adhérents à un mouvement de grève ce jeudi.

Comment est le climat social à la SNCF ?

Fabien Villedieu. Il est extrêmement tendu. Les cheminots attendent avec impatience le rapport de M. Spinetta et le projet de loi du gouvernement pour savoir à quelle sauce ils vont être mangés.

Que craignez-vous ?

Nous sommes attaqués de toutes parts. On présente l'ouverture à la concurrence ferroviaire comme de la modernité. Mais il suffit de voir ce qui s'est passé dans le fret français. Depuis son ouverture à la concurrence en 2003, le trafic a été divisé par deux et les marchandises sont transportées par camions. En Angleterre, elle a conduit à une augmentation des prix. Le transport représente 14 % du budget d'un Londonien. C'est du délire.

Que proposez-vous ?

On demande un moratoire et un bilan des ouvertures à la concurrence qui ont déjà été faites avant de foncer tête baissée dans le mur.

Le gouvernement estime que c'est l'occasion de moderniser la SNCF...

Si ça veut dire pour un cheminot travailler jusqu'à 70 ans avec des conditions de travail de plus en plus dures, ce n'est pas moderne, c'est rétrograde.

Beaucoup de Français jugent le statut des cheminots trop avantageux. Que répondez-vous ?

Si c'était vraiment le cas, la SNCF n'aurait pas autant de difficultés à recruter. Etre cheminot, ça veut dire travailler la nuit, le dimanche, les jours fériés et par tous les temps. Aujourd'hui (NDLR : mardi), j'ai des collègues qui bossent sous la neige pour entretenir et surveiller le réseau. Notre statut, ce sont des années de combat. Pas question de repartir d'une feuille blanche.

La SNCF doit-elle évoluer en société de droit privé ?

Non. Ce serait un pas supplémentaire vers la privatisation. On a vu ce que celle des autoroutes a donné. C'est un saccage.

Les usagers doivent-ils s'attendre à des grèves ?

Les conditions sont réunies pour aller vers un mouvement plus dur qu'en 1995. Tout dépendra de ce que proposera le gouvernement. Emmanuel Macron a peut-être été élu sur un mandat mais les syndicats de la SNCF aussi. Nous sommes là pour défendre les conditions de travail et les rémunérations des cheminots.

Le mot de l'éco. L'avenir de la SNCF à l'aune du rapport Spinetta

https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/le-mot-de-l-eco/...

Cette semaine, le mot de l'éco est un acronyme qu'on connaît tous : SNCF. Quelques explications à quelques jours de la remise au gouvernement d'un rapport potentiellement explosif sur l'avenir du secteur ferroviaire.

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franceinfo Raphaël Ebenstein Radio FranceMis à jour le publié le

Un TER circule à Bannalec (Finistère), le 19 janvier 2018. 

Un TER circule à Bannalec (Finistère), le 19 janvier 2018.  (MAXPPP)

À quelques jours de la remise au gouvernement d'un rapport pour le moins explosif sur l'avenir de la SNCF, rédigé par Jean-Cyril Spinetta, l'ex-PDG d'Air France, et alors que se profile un grand projet de loi d'orientation sur les mobilités en avril, retour sur tous les sujets qui fâchent dans cette entreprise ferroviaire publique française, de l'ouverture à la concurrence à la dette, en passant par le fameux "statut" des cheminots.

Faut-il s'attendre à un véritable big bang sur les rails ?

Potentiellement oui, même si le contenu du rapport reste entouré d'un certain secret. Déjà, ce rapport Spinetta devrait bien, sauf surprise, préconiser la fin du statut des cheminots pour tous les nouveaux embauchés. Le statut, c'est un ensemble de règles internes qui garantit par exemple un avancement de carrière automatique, mais qui coûte cher à la SNCF. Sa masse salariale progresse ainsi plus vite que dans les autres entreprises du secteur des transports. Reste qu'il s'agit clairement d'un casus belli pour les syndicats.

Autre mesure qui pourrait figurer dans ce rapport : l'évolution juridique de la SNCF

Et cette mesure pourrait susciter la colère des cheminots. Sans entrer dans des détails trop techniques, c'en serait fini du régime de l'EPIC, Établissement Public à caractère Industriel et Commercial. La SNCF deviendrait une SA, une société anonyme, avec l'État actionnaire à 100%. Mais, et c'est la crainte des syndicats, l'État pourrait alors se désengager peu à peu, au fil des ans, comme il l'a fait par exemple avec France Télécom devenu Orange, ou même avec EDF.

Le rapport Spinetta pourrait-il plaider pour une ouverture plus rapide à la concurrence ?

Il devrait en tout cas en fixer noir sur blanc les modalités pratiques et permettre notamment aux régions demandeuses de lancer des appels d'offres dès l'an prochain pour le réseau TER qui sera ouvert à la concurrence de manière effective au plus tard en 2023.

Pour les TGV, le calendrier, fixé par la Commission européenne, est même encore plus rapide. Des premières compagnies privées pourraient ainsi, en théorie, faire rouler leurs trains en France fin 2019. Le choix devrait être fait de "l'open access", au moins pour les TGV, c'est-à-dire de la possibilité de concurrence entre les compagnies sur une même ligne, par exemple Paris-Lyon ou Paris-Bordeaux, plutôt que d'attribuer entre guillemets une ligne à un opérateur précis pour un contrat de quatre ou cinq ans. Quelle que soit la formule choisie, en tout cas, elle devrait faire réagir les syndicats !

Quid du régime spécial de retraites des cheminots ? Sera-t-il aussi remis en cause ?

Pas dans le rapport Spinetta, en tout cas, mais peut-être, voire sans doute, dans le cadre de la future réforme des retraites, attendue en 2019. Ce qui signerait donc la fin des possibilités de retraite anticipée pour les agents SNCF, roulants ou sédentaires. Le gouvernement a peut-être jugé que sinon, ça faisait trop pour cette année, au risque de provoquer un conflit social majeur. Déjà, certains syndicats en font quand même la menace.

 
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