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17/12/2017

La mutation du billet de train

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Pour la Science > N°482 - > Actualités > Homo sapiens informaticus Durée 2 min

Un billet ne représente plus seulement la part des frais payés par le voyageur. Il est devenu pour les entreprises ferroviaires un outil permettant d'optimiser le trafic et l'affluence.

Gilles Dowek

une gare

Aujourd'hui, un billet de train ou d'avion comporte de nombreuses informations sur le voyageur et son trajet.

© Tero Vesalainen/Shutterstock.com

Tous ceux qui prennent le train aujourd'hui et qui l'ont aussi fait en des temps reculés du xxe siècle ont constaté une différence : nos billets de train sont de plus en plus souvent valables à un horaire particulier, alors que ceux du passé, comme les tickets de métro, étaient valables n'importe quand. Cette différence traduit une transformation de la fonction des billets de train, elle-même conséquence d'une transformation plus profonde du rôle des machines dans notre monde.

De la fin du xviiie siècle au milieu du xxe siècle, les machines ont de mieux en mieux maîtrisé les processus de transformation de l'énergie : les trains sont devenus plus rapides, plus fiables, plus économes, etc. Mais personne ne savait, avec précision, qui voyageait dans ces trains. Ainsi, beaucoup de trains étaient bondés, quand d'autres roulaient à moitié vides, car ceux qui décidaient des trajets et des horaires avaient une idée très vague du nombre de personnes qui voulaient voyager d'un endroit à un autre à un moment donné.

Depuis le milieu du xxe siècle, les machines maîtrisent non seulement les processus de transformation de l'énergie, mais aussi ceux de transformation de l'information – pour reprendre les mots du philosophe Michel Serres : non seulement « le dur », mais aussi « le doux ». De ce fait, il devient possible de tenter de faire rouler des trains où chacun a une place et où chaque place est attribuée.

Mais, pour ce faire, il n'est pas suffisant que les machines maîtrisent les processus de transformation de l'information, il faut aussi que les voyageurs expriment leurs intentions, par exemple en achetant un billet valable dans un train unique. C'est ainsi que la fonction des billets de train a changé : outre faire payer aux voyageurs leur part des frais, ils servent aussi à véhiculer de l'information, indiquant, à ceux qui organisent le trafic, qui veut voyager où et quand. Plus les voyageurs fournissent cette information tôt, mieux le trafic peut être organisé. C'est pourquoi les entreprises de chemin de fer accordent une réduction à ceux qui la fournissent le plus tôt. D'ailleurs, l'information voyage dans les deux sens, puisque les entreprises de chemin de fer nous indiquent également quels sont les trains bondés et les trains encore relativement vides, en nous incitant, par une modulation des prix, à prendre ceux-ci plutôt que ceux-là.

Aux xixe et xxe siècles, nous fabriquions des trains pour qu'ils roulent vides, des voitures pour les laisser au garage, des perceuses pour les utiliser moins de dix minutes par an. Parce que nous maîtrisons désormais les processus de transformation de l'information, nous pouvons optimiser l'utilisation de ces objets, et ainsi en fabriquer moins.

Nous pouvons nous demander jusqu'où cette transformation ira. Par exemple, nous réservons nos places à l'opéra un an à l'avance, mais nos places de cinéma quelques minutes avant la projection. De ce fait, les cinémas sont parfois bondés et d'autres fois vides. Nous pourrions imaginer déclarer notre intention de voir un film plus tôt, afin que les exploitants puissent mieux s'organiser. D'ailleurs, un film pourrait n'être tourné que si suffisamment de personnes ont déclaré leur intention d'aller le voir – ce que réalisent partiellement les plateformes de financement communautaires…

Cette volonté d'éviter le gaspillage va dans le bon sens, à moins que nous ne décidions que déclarer ainsi nos intentions en permanence est trop fastidieux, et que nous ne préférions finalement continuer à fabriquer des trains pour qu'ils roulent vides.

Gilles Dowek
 

Gilles Dowek est chercheur à l'Inria et membre du conseil scientifique de la Société informatique de France.

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