A lire le décret sur les passages à niveau en vigueur depuis juillet, on peut se demander si l'administration ne déraille pas. Au départ, ce texte, qui fait suite aux recommandations du BEA-TT (Bureau d'enquêtes sur les accidents de transport terrestre) à la suite d'une collision entre un TER et un car en 2008 à Allinges (Haute-Savoie), part pourtant d'une bonne intention. Il vise à améliorer la sécurité, en ajoutant notamment “un ou plusieurs feux rouges clignotants lorsque la visibilité d'un feu est limitée à un passage à niveau en raison de la configuration de la route”. Mais, dans les faits, il est difficilement applicable, car il prévoit l'interdiction de passage aux véhicules qui ne seraient pas capables de les franchir dans un délai de sept secondes.

Or les élus considèrent qu'il est impossible d'identifier ces véhicules puisque les choses varient en fonction de la configuration du terrain et du chargement du véhicule lui-même. Ils ont bataillé ferme contre cette norme, mais rien n'y a fait : le gouvernement est passé en force. Résultat : pour éviter tout ennui, certains maires risquent d'interdire purement et simplement le franchissement des passages à niveau à tous les poids lourds. Auquel cas il faudra alors prévoir une déviation. “Le but recherché est surtout de faire peser la responsabilité des défaillances individuelles sur les élus !”, dénonce Alain Lambert, le président du CNEN.