"Aide-toi et le ciel d’aidera"... peut-être un jour par le biais de l’État. C’est la feuille de route qu’ont en tête les dirigeants de la SNCF – à commencer par Guillaume Pepy, le président du directoire et Patrick Jeantet le président délégué – alors qu’ils déclinent en ce début de semaine leur stratégie en interne.
 
En effet, l'état-major du groupe réunit du 26 au 28 septembre 2016, quelque 300 cadres dirigeants (EPIC et filiales) pour le traditionnel séminaire de rentrée. Cette année, la session se tient au Center Parc de Verneuil-sur-Avre (Eure).
 
Quelques semaines auparavant, le gouvernement Valls a fini par rendre public les deux rapports transmis au Parlement sur les orientations de "l’État stratège" tel qu'il s'est lui-même défini dans la loi portant réforme ferroviaire. Ces documents ne contiennent pas d’annonces sensationnelles, mais ont le mérite de fixer un cadre clair.
 
Le rapport premier concerne la dette : fini de rêver, il n’y aura donc pas de désendettement de Réseau (40,1 milliards d'euros en juin 2016). "La clé de voute du redressement financier" étant la capacité à maîtriser l’évolution de cette dette, "en réduisant les déficits annuels", souligne ce texte. L'objectif principal ? "Stabiliser la dette de SNCF Réseau à horizon 2025" à 50 milliards, avec la couverture du coût complet du réseau "dans un délai de dix ans à compter de l’entrée en vigueur du premier contrat entre SNCF Réseau et l'État".

Le désendettement à rediscuter dans trois ans

Seule certitude, ce n’est pas cet exécutif en fin de mandat qui mènera l’éventuel chantier d’une reprise du passif. "La prochaine actualisation de ce contrat [État-Réseau NDLR], qui interviendra trois ans après sa signature, sera l’occasion de réexaminer les solutions mises en œuvre pour maîtriser et réduire l’endettement de SNCF Réseau au regard de l’atteinte des objectifs et du respect des orientations figurant au contrat", précise le rapport.

Dans l'immédiat, l'actuel gouvernement fait le choix du bâton plutôt que de la carotte.  Et il en profite pour lister les efforts faits en faveur du groupe ferroviaire : l'État permet à la SNCF de bénéficier du mécanisme d’intégration fiscale, il réattribuera automatiquement à Réseau les dividendes qu'il touche de Mobilités (0,1 Md€ en 2015/0,5 Md€ en 2025). Il rappelle aussi que la SNCF bénéficie du CICE (0,3 Md€ en 2014 net des rétrocessions aux autorités organisatrices). Et le rapport de conclure : "Le soutien de l’État au redressement du système est déjà effectif depuis la constitution du groupe public ferroviaire."
 
Le second document est "le rapport stratégique d’orientation sur le système ferroviaire" qui est forcément en cohérence avec le premier. Il contient ce message principal : pour que face à la route, on puisse continuer à faire rouler des trains de fret, des TGV, des TET, des TER – dont l'expérimentation d'un autre mode de gestion est confirmée –, la SNCF doit faire des efforts.

SNCF doit augmenter sa "compétitivité" et son "efficience"

C’est écrit noir sur blanc : "SNCF Mobilités est donc amenée à mettre en œuvre des plans de performance pour augmenter sa compétitivité et son efficience : réduction des frais de structure, accroissement de la productivité, meilleure allocation de ses ressources... L’amélioration de la qualité des services offerts aux clients est également un autre levier d’action, comme souligné précédemment", lit-on dans le rapport rédigé par la DGITM. La stratégie pour atteindre cet objectif a d’ailleurs commencé à être déclinée pour le TER.
 
Le groupe doit également être imaginatif en matière stratégique. "Améliorer et élargir les services offerts à ses clients est un autre levier d’action de SNCF Mobilités pour renforcer sa compétitivité, pour appréhender dans leur globalité les enjeux du secteur de la mobilité. La reconquête de marchés passe par une politique commerciale dynamique et innovante." Celle-ci devrait s’illustrer notamment dans le secteur de la logistique avec la concrétisation d'un plan d'action.
 
Et si le cadre social – dont l'accouchement provoqué par l'État – a été fortement critiqué, le passage au régime contractuel offre des leviers d'amélioration aux yeux de la tutelle. Elle doit permettre un "management moderne et respectueux des personnels, avec une performance accrue tant individuelle que collective", peut-on lire dans le rapport stratégique. L'État prend néanmoins le soin de souligner que "la mise en place nouvelle d’un accord de branche permettra notamment d’éviter que la concurrence interne au secteur se fasse par le dumping social".
 
État inconstant

Voilà donc pour le cadre fixé par un État stratège qui rappelle par ailleurs ce principe cardinal : "La règle d’or limitera la capacité d’endettement de SNCF pour le financement de projets de développement". Reste que la force de ce beau message risque déjà d'être complètement dévalué. Car à peine le gouvernement a-t-il fini d'édicter des règles implacables, qu'il s'empresse aussitôt de les bafouer, de les transgresser, en les rendant tout à fait relatives.

C'est du moins ainsi que les deux parlementaires, gardiens de la réforme ferroviaire, le député PS Gilles Savary et le député LR Bertrand Pancher ont interprété l'attitude du secrétaire d'État Alain Vidalies lors du débat sur le financement de CDG Express en commission du développement durable.

Ce dernier a assumé que l'État demande à SNCF Réseau d'investir dans ce projet au-delà d'un montant qui lui assurerait un retour sur investissement, soit 250 millions d'euros. En somme, le projet de RER Paris-Roissy va contribuer à alourdir la dette de SNCF que l'État entend un jour stabiliser.

"C'était surréaliste comme débat, vitupère Bertrand Pancher, Nous sommes désespérés de voir qu'on continue dans la spirale de l'endettement. Gilles Savary est démonté, Philippe Duron n'ose rien dire. Alain Vidalies a soutenu que ce que le Parlement peut faire, il peut également le défaire et s'asseoir sur la règle d'or que le gouvernement est en train de préciser sous forme de décret."

Faites ce que je dis, mais ne faites pas forcément ce que je fais… C'est en quelque sorte le message subliminal du gouvernement.

Marc Fressoz