La SNCF enregistre sa première perte semestrielle depuis 2009. Un résultat net part du groupe déficitaire (-159 millions d'euros) en lien, notamment, avec la baisse de la marge opérationnelle (-480 millions d'euros, 10,9% du chiffre d'affaires).

Les effets des attentats, des grèves et des inondations du printemps ont coûté cher à la SNCF au premier semestre 2016 :
300 millions d'euros (perte de produits du trafic, remboursements d'abonnements, pénalités et baisse de la contribution des Régions...), selon les chiffres communiqués par la compagnie lors de la présentation de ses résultats le 29 juillet.

Un trafic qui flanche
 
De plus, la SNCF souligne que "la concurrence intermodale n'a jamais été aussi vive" en raison de la baisse du prix du pétrole qui favorise l'aérien et la route. Ainsi, le trafic des TER comme des Intercités continue à baisser, même si les efforts commerciaux ont, selon la SNCF, contribué à limiter ce recul. En revanche, le trafic des Transilien est en hausse de 7,1% au premier semestre grâce à la mise en place du
passe Navigo à tarif unique au 1er septembre 2015.

La SNCF indique que "la riposte à la concurrence intermodale s'accélère" : extension de l'offre Ouigo et
#TGVpop, du nombre de billets à "petits prix"... "SNCF Mobilités a déclenché un plan de crise en mai pour limiter l'impact de la baisse de l'activité dont les fruits sont attendus au second semestre", indique le communiqué du groupe.

Des objectifs financiers intenables
 
Dans ce contexte, la SNCF prévient qu'il "sera difficile d'atteindre les objectifs financiers 2016" (2% de croissance du chiffre d'affaires "hors opérations de périmètre"). En effet, si le groupe enregistre une hausse de son CA de 2,6% au premier semestre à 16 milliards d'euros, c'est essentiellement dû à des questions de périmètre : acquisition du logisticien américain OHL fin 2015 et intégration dans les comptes d'Eurostar après
sa prise de contrôle exclusif en mai 2015.
 
En revanche, la SNCF annonce qu'elle "accélère ses efforts de réduction de coûts et d'amélioration de la productivité". En particulier, SNCF Réseau poursuit sa politique de
performance industrielle : digitalisation et modernisation de la maintenance, massification et optimisation du temps de travaux, nouveaux équipements et développement de partenariats industriels...

Ses plans de performance ont permis, selon le groupe, de dégager 300 millions d'euros de gains de productivité supplémentaires au premier semestre 2016, en ligne avec l'objectif annuel de 750 millions (contre 650 millions en 2015).

La dette (toujours) dans le camp du gouvernement
 
Les investissements de la SNCF atteignent 4 milliards d'euros au premier semestre 2016, dont 70% financés sur fonds propres, soit plus de 2,8 milliards, ce qui est bien au-dessus de sa capacité d'autofinancement de 835 millions. La dette s'est donc accrue mécaniquement, pour s'établir au 30 juin 2016 à 52,33 milliards dont 8,2 milliards pour SNCF Mobilités (+431 millions en six mois) et 44,1 milliards pour SNCF Réseau (+1,8 milliard). L'endettement abyssal de SNCF Réseau, grevé par la dette historique de la SNCF, doit faire l'objet d'un rapport du gouvernement, dont la remise au Parlement est prévue, en théorie, au mois d'août.
 
"Ce rapport examinera les différentes hypothèses de reprise de tout ou partie de cette dette par l'État et la création d'une caisse d'amortissement, ainsi que leurs effets", avait indiqué en juin le Premier ministre, Manuel Valls, assurant aux parlementaires qu'il leur reviendrait "de prendre une décision". Un décret est par ailleurs attendu sur la "règle d'or" votée en 2014 pour limiter l'endettement de SNCF Réseau. Au-delà d'un certain multiple de la marge opérationnelle du groupe, la construction de nouvelles lignes reviendrait ainsi à la charge de l'État et des collectivités locales.
 
Florence Guernalec (avec AFP)