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08/06/2016

SNCF : la CGT et SUD s’enferrent dans la grève

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Lionel Steinmann

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Pas de sortie de crise en vue entre la SNCF et les syndicats SUD et CGT. - AFP

Les assemblées de cheminots ont voté la poursuite du mouvement. La CGT a pourtant noté des avancées dans le projet d’accord d’entreprise.

La sortie de grève n'est toujours pas en vue à la SNCF. Après une ultime séance de négociation marathon (dix-neuf heures de discussions), les représentants de la direction et des syndicats ont certes finalisé à 4 h 30 du matin, ce mardi, le projet d'accord d'entreprise sur l'organisation du temps de travail. Mais, alors que la CFDT a validé comme c'était prévisible le texte (et devrait être imitée ce mercredi par l'Unsa), la CGT et SUD l'ont rejeté et poursuivent le mouvement reconductible entamé il y a une semaine.

Les deux syndicats s'en étaient remis à la décision des assemblées générales de cheminots. Mais SUD-rail, fidèle à son positionnement radical (le syndicat réclame de longue date « au minimum » l'extension des règles prévalant à la SNCF à l'ensemble du secteur), a très vite donné le ton, appelant ses adhérents à continuer la lutte contre un accord « bien loin » de la réglementation actuelle (RH0077) et qui va « sur certains points dégrader le quotidien des cheminot(e)s ».

L'analyse de la CGT-cheminots a été beaucoup plus nuancée. La première organisation du groupe a listé, dans un communiqué très précis, les évolutions enregistrées lors de la dernière séance de négociation, estimant qu'elles amenaient « la future réglementation sur l'aménagement du temps de travail applicable aux cheminots de la SNCF au niveau du RH0077. Des améliorations arrachées par la mobilisation sont à observer. Il n'en demeure pas moins que des points négatifs subsistent. »

Virage sémantique

Au regard des condamnations sans réserve des jours précédents, le virage sémantique est net. La direction de la CGT-cheminots ne l'ignore pas : la séance de négociation de lundi était sans doute la dernière opportunité d'arracher des concessions à la direction du groupe public et au gouvernement, et donc de clore le mouvement en criant victoire.

Le syndicat n'est toutefois pas allé jusqu'à donner une consigne de reprise du travail, estimant qu'il appartenait « aux cheminots réunis en assemblée générale de déterminer les suites qu'ils entendent donner au mouvement ». Et celles-ci ont voté pour une poursuite de la grève, ont annoncé dans l'après-midi SUD et FO (non représentatif à la SNCF).

Cette issue était sans doute souhaitée par la direction nationale de la CGT, car elle permet d'entretenir la contestation contre le projet de loi travail jusqu'à la future journée de mobilisation du 14 juin (lire page 2). Pour la CGT-cheminots, la situation est plus compliquée. Au fil des jours de grève, la base semble se radicaliser et se rapproche de la ligne de SUD. Mais les négociations étant terminées et le gouvernement excluant toute nouvelle concession (Manuel Valls a jugé mardi que la grève était « incompréhensible »), le syndicat n'a plus guère de porte de sortie pour appeler à la reprise du travail. A moins peut-être, conjointement avec SUD, d'exercer son droit d'opposition sur l'accord d'entreprise et/ou sur l'accord de branche négociée en parallèle. Au risque de perdre les acquis de la négociation.

Coût élevé de la grève

Quelle qu'en soit l'issue, cette grève laissera des traces profondes à la SNCF, et pas simplement dans les comptes, avec un coût déjà évalué à près de 300 millions d'euros par la direction. Le conflit témoigne de la profonde division du corps social du groupe, schématiquement entre ceux qui font grève (moins de 10 % de l'ensemble du personnel) et ceux qui mettent des gilets rouges dans les gares pour tenter d'atténuer les conséquences de la grève pour les usagers.

Désavoué la semaine dernière par le gouvernement, le patron du groupe, Guillaume Pepy, en sort affaibli, même si son implication ces derniers jours semble repousser l'hypothèse d'une démission, au moins à court terme. Les cadres du groupe, eux aussi, sont déboussolés. Quant à l'écart de compétitivité persistant avec le privé, au sortir de négociations qui devaient justement permettre d'y remédier, il hypothèque largement l'avenir de la SNCF.

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