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03/06/2016

SNCF : Hyperloop, hyperloupé

Bonjour,

Encore des dépenses complètement inutiles qui aurait pu permettre la rénovation d'une ligne de TER ou d'améliorer le réseau existant comme cela était prévu ou de tout simplement rembourser la dette de la SNCF
Quand est ce que ces décideurs assis sur leur très beau fauteuil descendrons voir les gens comme tout le monde
sachant que la SNCF doit rembourser 37 milliards d'euros : http://bfmbusiness.bfmtv.com/entreprise/le-gouvernement-a...
D’où l'expression : Être à coté de la plaque

Mais avec de grave conséquence pour l'avenir.

Eric

https://blogs.mediapart.fr/vincent-doumayrou/blog/020616/...

Selon la presse française, la SNCF aurait participé à une levée de fonds pour le projet Hyperloop à hauteur de plusieurs dizaines de millions d'euros : quel est le sens de cette décision ? Et, pour commencer par le commencement, en a-t-elle un ?

Sur le site web de la société Hyperloop, on peut lire les phrases suivantes : "Hyperloop est le cinquième moyen de transport. Il permettra de transporter les biens et les personnes d'une manière peu coûteuse, sûre, à des vitesses considérées il y a peu comme inaccessibles". Et plus loin : "Il faut des gens extraordinaires pour faire des choses extraordinaires. Nous avons rassemblé les éléments les meilleurs et les plus brillants de l'industrie aéronautique en un seul lieu, pour accomplir l'impossible".

Sceptique ? Pas Guillaume Pepy. La société qu'il dirige a en effet souscrit à une levée de fonds, à hauteur de 70 M€ paraît-il.

Hyperloop est né de l'imagination d'Elon Musk, un milliardaire américain d'origine sud-africaine, et consiste en un tube dans lequel circuleront (ou plus exactement, circuleraient) des capsules où prendraient place des voyageurs, et mues par un système de champs magnétiques, avec une vitesse maximale proche du mur du son. Le créneau visé serait celui de liaisons de quelques centaines de kilomètres ; ainsi, les 650 km qui séparent Los Angeles de San Francisco seraient parcourables en une demi-heure environ.

Le concept rappelle infailliblement les Maglev japonais, les Transrapid allemands voire, dans un contexte plus franco-français, l'Aérotrain, projet qui, dans les années soixante, concurrença le TGV, et auquel certaines institutions étaient favorables pour des raisons finalement assez proches de celles qui motivent Guillaume Pepy aujourd'hui : l'aspect futuriste qui le rend plus séduisant qu'une évolution du bon vieux chemin de fer, technique qui a le tort d'avoir été inventée au XIXème siècle, un tort impardonnable vu l'idéologie bougiste qui semble être devenue celle des sommets de la SNCF.

Je suis donc assez sceptique par rapport à ce projet ; mais, allez-vous me dire, les projets les plus fous n'ont ils pas paru infaisables à leurs débuts ? N'est-ce pas moi qui suis mesquin, coupable d'un manque d'imagination, et ne devrais-je pas me laisser gagner par l'enthousiasme communicatif de notre Guillaume Pepy national ?

Alors, pour ne prendre qu'un seul exemple, il est vrai qu'en 1804, quand Richard Trevithick a conçu la première locomotive, le concept de chemin de fer devait paraître dépourvu d'avenir, parce qu'en rupture avec ce qui existait. De nombreux ingénieurs pensaient que du fait de la médiocre adhérence, les locomotives ne pourraient pas avancer, et croyaient davantage en des systèmes de crémaillère, voire aux bons vieux chevaux, pour tracter des charges lourdes sur des rails. Ces sceptiques n'ont pas empêché la locomotive à vapeur de s'imposer.

Mais les systèmes à la mode d'Hyperloop se heurtent à un certain nombre de limites : il faut d'abord un réseau en site propre, cher à construire (bizarre d'ailleurs que la SNCF y souscrive quand même, quand dans le même temps elle présente la simple exploitation de trains Intercités comme insoutenable au plan financier, alors qu'il n'y a aucun réseau nouveau à construire) ; leur rapidité les confine à des dessertes en point à point, chose qu'aggrave l'absence d'effet de réseau liée à l'absence de continuité avec le transport ferroviaire ; bref, même si le projet devait voir le jour, le créneau visé serait très étroit. Et je ne parle pas du lobbying que ne manqueront pas d'exercer les compagnies aériennes, qui a contribué à ce que les projets de grande vitesse ferroviaire, jusqu'ici, restent dans les cartons aux Etats-Unis.

On notera d'ailleurs que le financement de ce genre de joujou par la SNCF n'est en fait pas une nouveauté. Peu de gens le savent, mais la société nationale a, dans les années soixante, participé au financement de l'Aérotrain, alors même, comme je l'ai dit plus haut, qu'il concurrençait le projet de TGV. Dans les cartons du service de la Recherche, créé au sein de la SNCF en 1966, le TGV était le projet C03 et l'Aérotrain le projet... C02. Celui-ci passait donc avant le TGV dans l'ordre technico-juridique interne à la SNCF !

Mais le contexte actuel, marqué par une dégradation tous azimuts du service ferroviaire, rend la chose plus grave. Les quelques dizaines de millions d'euros "investis" dans Hyperloop auraient pu contribuer au renouvellement de la flotte des trains Intercités, que l'Etat donc le contribuable va financer. Et en ce même mois de mai 2016, on apprenait la fermeture au service ferroviaire de la ligne entre Clermont-Ferrand et Saint-Etienne, lesquelles, si la mobilisation citoyenne n'y met pas bon ordre, risquent de s'ajouter à la liste des grandes villes françaises qui n'auront plus de relation ferroviaire l'une avec l'autre.

Bien entendu, la tutelle étatique n'a rien trouvé à redire : tu roupilles, Alain ?

L'autre impression qui émerge est celle de la fébrilité qu'a Pepy à sauter sur la moindre nouveauté qui apparait dans le monde de la mobilité, du moment... qu'elle n'est pas ferroviaire. Il y a là, incontestablement, une forme de mépris pour le coeur de métier de sa propre entreprise. La différence est patente avec la Deutsche Bahn qui, elle aussi engagée dans une diversification intermodale et internationale, affirme sur son site : "le coeur de métier de la Deutsche Bahn est le transport ferroviaire en Allemagne".

Le but de Pepy est peut-être de faire le "buzz" sur les réseaux sociaux pendant un quart d'heure ; force est de reconnaître que c'est réussi, même si, à 70 M€, cela fait un peu cher du fil d'actualité.

Le financement de ce projet, et l'annonce qui l'a entouré, révèle un autre problème qui cohabite et contraste avec le précédent : le biais long-termiste (1) des chemins de fer français, où l'annonce d'un grand projet pour dans trente ans tient lieu de politique et camoufle la panne de stratégie. De ce point de vue, le projet d'Hyperloop, ceux de TGV "POCL" ou de tunnel Lyon - Turin, bien qu'opposés du point de vue technique, sont les symptômes de la même maladie, celle de l'absence de boussole des chemins de fer français.

Bien cordialement,

Vincent Doumayrou,
Auteur de La Fracture ferroviaire - pourquoi le TGV ne sauvera pas le chemin de fer,
Les Editions de l’Atelier, Ivry-sur-Seine, 2007. Préface de Georges Ribeill.
=-=-=-=-=-
Note (1) : rendons à César ce qui est à César, le mot de "long-termiste" est apparu sur le blog Transportrail :
http://transportrail.canalblog.com/archives/2016/05/04/33...
Signez la pétition pour la défense de la ligne Clermont-Ferrand - Saint-Etienne :
https://www.change.org/p/rregeffe-boen-fr-sauvez-ligne-fe...
=-=-=-=-=-

Pour me contacter : vincent-doumayrou{a}laposte.net

08:07 Publié dans SNCF, TGV | Lien permanent | Commentaires (0)

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