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16/03/2016

Pourquoi le futur patron de SNCF Réseau est difficile à trouver

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Lionel Steinmann / Journaliste |

PDG SNCF Réseau, Jacques Rapoport démissionné fin février. Une décision semble pris court gouvernement.

PDG de SNCF Réseau, Jacques Rapoport a démissionné fin février. Une décision qui semble avoir pris de court le gouvernement. - Eric Piermont/AFP

Le gouvernement tarde à désigner le candidat pour remplacer Jacques Rapoport, démissionnaire. Sécurité, finances, relations avec l’Etat : le poste à pourvoir est plus qu’inconfortable.

Le gouvernement prend son temps pour désigner le successeur de Jacques Rapoport, le président de SNCF Réseau, qui a annoncé sa démission à la surprise générale le 24 février dernier en invoquant la proximité de la limite d’âge. Le sujet n’a pas été traité lors du conseil de surveillance du groupe public le 10 mars dernier (échéance qui se prêtait pourtant à une annonce), et si l’exécutif ne devrait pas tarder à dévoiler son choix, le délai de réflexion qu’il s’accorde témoigne que le poste à pourvoir sera tout sauf une sinécure.

Dossier le plus sensible, la sécurité. Gestionnaire des infrastructures ferroviaires, SNCF Réseau est responsable de l’entretien et du bon fonctionnement de 30.000 kilomètres de lignes. Mais les économies réalisées durant trente ans sur les investissements de rénovation ont fragilisé le réseau, comme l’ont souligné les différents rapports qui ont suivi le déraillement de Brétigny , en juillet 2013 (7 morts). L’effort de régénération lancé depuis plusieurs années est réel (pas moins de 1.500 chantiers ont été menés l’an dernier), mais il reste insuffisant.

Des infrastructures qui se dégradent

En Ile-de-France par exemple, l’état des infrastructures va continuer à se dégrader jusqu’en 2020 et ne retrouvera son niveau d’aujourd’hui que dans dix ans, relevait un rapport récent de la Cour des Comptes , qui qualifiait ce constat d’« inquiétant » du fait « des risques qu’il comporte pour la sécurité ». Le futur patron de SNCF Réseau héritera donc d’un réseau durablement fragilisé, dont il devra assumer la responsabilité, notamment en cas d’accident.

D’autant que les équipes sur le terrain sont sur-sollicitées. Elles sont mises à contribution pour les opérations de rénovation, mais aussi sur les chantiers des nouvelles lignes TGV. Cela a un impact sur le temps consacré à la maintenance. La situation est particulièrement critique dans certains métiers spécialisés, comme la signalisation, où des départs à la retraite d’agents expérimentés n’ont pu être remplacés. En novembre dernier, Jacques Rapoport avait annoncé une série de décisions pour « remettre de la rigueur à tous les étages », notamment en libérant du temps chez les cadres de proximité pour les missions liées à la sécurité. Ces efforts devront être poursuivis.

Déficit structurel

Autre sujet brûlant, les finances. Le gestionnaire des infrastructures est le réceptacle du déficit structurel du système ferroviaire français. Son endettement, en hausse de 3 milliards l’an dernier, atteint désormais 42,3 milliards, et menace d’être hors de contrôle d’ici à quelques années. L’établissement public a certes lancé un plan de performance pour gagner en productivité, mais cela ne suffira pas à stabiliser les comptes. SNCF Réseau est par ailleurs sommé par l’Arafer, le gendarme du rail, de revoir de fond en comble d’ici à 2018 la structure des péages qu’il prélève pour chaque train circulant pour le réseau. Une opération non seulement complexe, mais qui pourrait conduire à une diminution de sa principale ressource.

Et le salut ne viendra pas de l’Etat, qui ne verse pas l’intégralité des subventions pourtant votées par le Parlement dans le budget (celles qui concernent le fret, notamment), et prie SNCF Réseau de creuser sa dette en participant au projet CDG Express. Quant au contrat de performance pluriannuel qui aurait dû être signé depuis de long mois, il semble durablement ensablé, faute d’accord sur les moyens alloués pour la rénovation du réseau.

Dans un tel contexte, les candidat(e)s pour le poste ne se bousculent sans doute pas au portillon. Et le droit de veto dont dispose l’Arafer sur la personnalité choisie complique encore un peu la donne : le gendarme du secteur sera sans doute particulièrement vigilant au respect de l'esprit de la réforme de 2014, qui consacrait l’indépendance de SNCF Réseau vis-à-vis de SNCF Mobilités. Il pourrait donc recaler tout profil jugé trop proche de Guillaume Pepy.

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