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02/03/2016

SNCF Réseau au bord de la crise de nerfs

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Jacques Rapoport
Jacques Rapoport
© RFF/CAPA Pictures/O.Panier des Touches

La démission du président de SNCF Réseau, Jacques Rapoport, confirme la situation précaire du gestionnaire d’infrastructures ferroviaires. Pour son successeur, la tâche semble insurmontable sans un soutien de l’Etat. A moins qu’il ne soit déjà trop tard.

La démission de Jacques Rapoport, rendue publique le 24 février, a surpris tous les observateurs du monde ferroviaire. Le Président du gestionnaire d’infrastructures ferroviaires SNCF Réseau (ex-RFF) a mis en avant son âge. Il atteindra la limite d’âge fin mai 2017. Pour résoudre les difficultés de cette entité de la SNCF, il préconise la nomination d’un nouveau dirigeant qui puisse travailler sur le long terme. Des explications qui ne convainquent qu’à moitié. Son bail avait été renouvelé il y a sept mois seulement…

Jacques Rapoport subissait de plein fouet les retombées du déraillement du Paris-Limoges en gare de Brétigny-sur-Orge. Il était, de plus, confronté à une équation financière insoluble : comment stabiliser l’endettement de SNCF Réseau, comme le prévoit la réforme ferroviaire du 4 août 2014, sans le concours de l ’Etat tout en continuant à financer de nouvelles lignes ? La dette de la SNCF atteignait 44 milliards d’euros fin 2014, dont 37 milliards pour SNCF Réseau. A ce rythme, les 50 milliards seront dépassés en 2020.

 

3 milliards d'euros de dettes supplémentaires en 2015

L’Autorité de régulation des activités ferroviaires et routières (Arafer) est montée au créneau à plusieurs reprises pour dénoncer cette dérive. Le 15 février, elle a émis un avis exemplaire à propos du CDG Express, qui doit relier en 2023 la Gare de l’Est à Paris à l’aéroport Roissy Charles-de-Gaulle. L’Etat a décidé, suite aux échecs des précédents projets, de recourir à une concession de travaux associant SNCF Réseau et Aéroports de Paris (ADP). Le montant des travaux est estimé à 1,6 milliard d’euros.

L’Arafer a donné un avis favorable mais demande à l’Etat de financer la part de SNCF Réseau. Et de rappeler que la réforme ferroviaire impose une règle d’or pour limiter l’endettement. Les investissements ne peuvent dépasser un ratio financier de 18 (dette nette sur marge opérationnelle). L’endettement de SNCF Réseau s’est alourdi de 3 milliards d’euros en 2015 et aucune amélioration n'est en vue cette année, car il n’est pas possible de faire moins de travaux, le vieillissement du réseau, notamment en Ile-de-France, restant préoccupant malgré les sommes englouties (2,4 milliards d’euros par an). 

L'Etat traîne les pieds

Jacques Rapoport attendait de signer un contrat de performance avec l’Etat comme le prévoit la réforme. Or Bercy fait trainer les choses. Ce contrat pluriannuel doit définir les objectifs financiers, les moyens alloués aux travaux, les efforts de chaque partie pour stabiliser la dette. La lettre spécialisée Mobilettre a cité plusieurs noms pour remplacer Jacques Rapoport, à partir du 10 mars prochain, dont ceux d’Alain Krakovitch, directeur du Transilien, et de Florence Parly, directrice générale déléguée de la SNCF. Quel que soit l’heureux ou l’heureuse (?) élu(e), le rétablissement de SNCF Réseau devient mission impossible, tant que l’Etat stratège n’est pas de retour.

Olivier Cognasse

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