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04/05/2015

Inquiétudes croissantes sur Fret SNCF

http://www.lesechos.fr/journal20150504/lec2_industrie_et_...

Lionel Steinmann / Journaliste | Le 04/05 à 06:00

Inquiétudes croissantes Fret SNCF
 

Le gendarme du secteur s'interroge sur la viabilité financière de l'activité.
Une interpellation indirecte du gouvernement et de Bruxelles.

Le gouvernement ne va plus pouvoir fermer les yeux sur la situation financière de Fret SNCF, l'activité du groupe public de transport de marchandises par rail. L'autorité de régulation des activités ferroviaires (Araf), le gendarme du secteur ferroviaire, a mis les pieds dans le plat il y a dix jours : appelée à se prononcer sur un sujet technique (les principes comptables de la filiale), l'institution en a profité pour s'interroger à haute voix (c'est-à-dire dans sa newsletter) « sur la situation financière de Fret SNCF et sur sa viabilité face à la concurrence ». Et son président, Pierre Cardo, d'enfoncer le clou dans la foulée : « Une entreprise ferroviaire indépendante exerçant son activité dans les mêmes conditions que Fret SNCF n'aurait pu survivre aussi longtemps avec des résultats aussi déficitaires et des capitaux propres aussi détériorés. » En clair, l'entreprise ne survit que grâce au soutien du groupe SNCF. Un message à peine voilé adressé au ministère des Transports, mais aussi à Bruxelles, sur la question de la concurrence équitable. Une autre institution s'apprête à interpeller elle aussi les pouvoirs publics : selon nos informations, la Cour des comptes prépare un rapport sur Fret SNCF.

La situation de l'activité, longtemps à la dérive, s'est pourtant améliorée. Le taux de satisfaction des clients a grimpé de 50 % en 2010 à 84 % aujourd'hui. Et l'hémorragie financière a été en partie jugulée. « Entre le point bas et 2015, les pertes opérationnelles auront été divisées par quatre », soulignait il y a quelques semaines Alain Picard, le patron de la branche SNCF Logistics, où est logée Fret SNCF. Cela laisse tout de même un déficit opérationnel de 150 millions d'euros l'an dernier, et surtout une dette qui s'est accumulée au point de représenter, selon une source proche du dossier, 3,8 milliards d'euros.

Bruxelles ne bougera pas

Pourtant, Bruxelles ne bougera pas, assure un consultant qui connaît bien le secteur : « La situation soulevée par l'Araf n'est pas nouvelle. Et si Fret SNCF souffre plus que la moyenne, tous les acteurs historiques en Europe sont en difficulté. Même les concurrents privés en France ne sont pas à la fête, même s'ils ont conquis plus de 30 % du marché en quelques années à peine. »

Le gouvernement ne pourra pas rester passif. Il va devoir se prononcer sur la reconduction des aides publiques au secteur : si elles devaient être supprimées, le coût global de production des entreprises augmenterait de 17 %, ce qui selon l'Association française du rail, qui regroupe les acteurs privés du marché, porterait un coup fatal à l'activité. Les décisions de fond sur le sort de Fret SNCF attendront par contre 2016 : après avoir procédé à une recapitalisation en 2006, la SNCF avait promis à Bruxelles qu'elle ne recommencerait pas avant dix ans. Mais selon un expert du secteur, ce scénario pourrait s'accompagner d'une filialisation de l'activité, ce que redoutent les syndicats.

Lionel Steinmann, Les Echos

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