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29/10/2014

La SNCF, le monopole et l’incohérence d’une politique client

http://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/02038...

Francois Dupuy | Le 28/10 à 17:41, mis à jour à 19:37

Pointée du doigt par la Cour des Comptes pour la dérive du coût des TGV, la SNCF répond en envisageant de renchérir ou de diminuer ses services. Une attitude typique d’un monopole.

Un document interne de la SNCF, commenté par le site du « Parisien » le 25 octobre, donne une idée des mesures envisagées par cette entreprise (quasi) monopolistique pour enrayer la situation catastrophique des TGV. Ces propositions constituent une vraie leçon pour tous ceux qui hésitent encore à contester l’usage que les monopoles font de leur situation dominante.

On pourrait en effet espérer que les dirigeants réfléchissent en priorité au fonctionnement de leur organisation et proposent de le changer drastiquement pour réduire les coûts. C’est ce qu’ont fait parfois avec beaucoup de dureté les entreprises du secteur marchand, pour qui cela représentait une condition de survie dans un univers concurrentiel.

Rien de cela dans notre monopole ferroviaire : quelle société de services autre que la SNCF supporterait le coût de deux contrôleurs travaillant trente minutes sur un voyage de quatre heures (Paris-Toulon par exemple) ? Quelle entreprise de transport se permettrait, aux heures des repas, de proposer à 500 personnes une seule voiture-bar avec une seule personne assurant le service : en moyenne, l’attente dure entre une heure et une heure et demie confirmant que la SNCF produit à un coût élevé, dénoncé par la Cour des comptes, un service de très faible qualité illustrant sa nostalgie des économies de pénurie. Et l’on ne dit rien des repos, des jours de récupération et autres avantages parfois exorbitants obtenus par les personnels, qui constituent un des nombreux tabous de notre société, autrement plus pénalisant pour la collectivité que les voyages gratuits familiaux.

Il ne reste donc plus qu’à demander au client de payer plus pour obtenir moins : plus chère la réservation, plus cher l’échange de billets, obligatoire le repas (sauf sur Paris-Lille) et pas de voiture-bar pour les voyageurs de seconde classe sur les trains de moins de trois heures. D’un côté, on oblige, de l’autre, on refuse. Y aura-t-il, dans cette compagnie nationale, quelqu’un pour souligner l’absurdité de ces mesures et l’incohérence de ce raisonnement ? Seule une entreprise qui a perdu le contrôle d’elle-même peut se laisser aller à raisonner ainsi. Ce qui est en cause, ce ne sont pas les personnes qui ont élaboré ces suggestions, c’est l’univers dans lequel elles vivent, où l’on ne s’étonne plus de rien tant se sont progressivement évaporés les critères qui fondent et légitiment une activité de services, au service justement de ceux qui la font vivre.

Car la logique à l’œuvre est bien ­connue et caractérise toutes les organisations endogènes dont les monopoles constituent le fleuron : on ne peut leur demander de faire plus avec moins sous peine de conflits d’autant plus pénalisants pour la société dans son ensemble qu’ils touchent la possibilité de se déplacer. De ce point de vue, il y a longtemps que les salariés ne sont plus égaux… devant l’exercice du droit de grève : ceux dont l’activité permet aux autres d’aller et de venir savent le pouvoir qu’ils détiennent. Alors on demande au client (qui n’a pas le choix) de donner plus pour moins et nous sommes à ce point habitués aux pratiques des monopoles que nous pouvons juger particulièrement « créatives » les équipes qui ont produit ces idées, comme toujours « non encore validées ».

Faut-il vraiment être créatif pour externaliser sur le client le coût des erreurs faites par une entreprise et celui de ces fameux avantages acquis qu’un syndicat – la CFDT en l’occurrence – avait qualifiés à juste titre de « mortifères » ? Le client est impuissant face à l’alliance explicite entre l’Etat actionnaire, la direction qu’il a désignée et les syndicats auxquels il ne se sent jamais en mesure de résister. Il est donc le seul à qui l’on puisse demander de changer et, sans originalité, on lui demande de payer plus, toujours plus pour que ce jeu à trois puisse perdurer. On voudrait tuer le service public, on ne s’y prendrait pas autrement. Le paradoxe, c’est que ceux qui contribuent activement à le tuer se présentent comme ses défenseurs les plus intransigeants. Ne nous y trompons pas : c’est l’affaire d’une génération qui se soucie peu de ce qui arrivera à celles qui la suivent. Quand il s’agit de protéger les « acquis sociaux », la solidarité intergénérationnelle est de peu de poids.

08:02 Publié dans SNCF, TGV | Lien permanent | Commentaires (0)

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