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19/06/2014

SNCF : la grève reconduite malgré les concessions

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Jean Michel Gradt / Journaliste |Le 19/06 à 06:30, mis à jour à 15:16

Au jour grève, SNCF, leader cégétiste, Thierry Lepaon, estimé qu’ arrivé « à tournant »
 

Au neuvième jour de la grève, à la SNCF, le leader cégétiste, Thierry Lepaon, a estimé qu’ on était arrivé « à un tournant » - AFP PHOTO / FRED DUFOUR

Le vote par l'Assemblée nationale d'amendements destinés à rassurer les grévistes sur l'avenir de la SNCF n'a pas convaincu Sud-Rail et la CGT-Cheminots, qui ont reconduit jeudi le mouvement. Même si la CGT a indiqué qu'on était "à un tournant"

Le vote par l’Assemblée nationale d’amendements destinés à rassurer les syndicats grévistes de la SNCF sur l’avenir de l’entreprise n’a pas convaincu les cheminots de Sud-Rail et de la CGT, qui ont reconduit le mouvement pour vendredi. « La grève est reconduite puisque les cheminots manifestent partout en France aujourd’hui », a déclaré jeudi Gilbert Garrel, le secrétaire général de la fédération CGT-Cheminots. Un peu plus tôt, SUD-Rail, lui aussi à l’origine de la grève, avait appelé « à poursuivre le mouvement». « Nous sommes loin de la revendication des grévistes » de créer « une seule entreprise publique », estime SUD-Rail en évoquant le débat parlementaire.

Certains verront dans cette reconduction de la grève un exemple du décalage (traditionnel) qui existe entre « la base » et les instances dirigeantes. En effet, Thierry Lepaon, le secrétaire général de la CGT a pourtant estimé ce matin qu’au neuvième jour du conflit, le moment de vérité était peut-être arrivé. Répondant à la direction de la SNCF par médias interposés, il a laissé entrevoir une issue au conflit en déclarant que la grève était arrivée à « un tournant ». « Sans doute qu’on arrive à un tournant dans la manière dont les cheminots vont s’exprimer (...) c’est à eux de savoir si l’action qu’ils ont menée a porté suffisamment de satisfaction de manière à lever les piquets de grève », a-t-il reconnu sur RTL.

Un écho aux propos de Guillaume Pepy, le président de la SNCF qui, dans un entretien au Parisien/Aujourd’hui en France paru jeudi, a estimé qu’«il est temps de se remettre au travail». « Il y a une interprétation du mot +tournant+. C’est vrai que la fin du débat parlementaire nous place dans une phase différente mais +tournant+ ne signifie pas que Thierry Lepaon dit que c’est la fin de la grève », c’est aux cheminots « de le déterminer », a ensuite voulu nuancer Gilbert Garrel.

Reste que sur le terrain, le conflit s’essouffle. A Marseille, Toulon et Avignon, les contrôleurs ont voté la reprise du travail, tandis que les conducteurs de Toulouse (qui représentent 63% de ceux de Midi-Pyrénées) faisaient de même. Selon l’AFP, la reprise du travail a aussi été votée à Périgueux et sur trois sites du Nord-Pas-de-Calais (Hellemmes, Somain et Lens). Ceci, alors que le taux de participation au plan national a fondu à 10,48 % (tous personnels confondus) jeudi, près de trois fois moins qu’au début du mouvement.

Une lourde facture

« L’Assemblée nationale vote aujourd’hui la réforme ferroviaire... Une fois que la démocratie s’est exprimée, il serait à l’honneur du mouvement qu’il s’arrête», a fait savoir le patron de l’entreprise ferroviaire dans le Parisien. D’ores et déjà, une certitude : la grève laissera des traces dans les comptes de la SNCF (voir aussi l’encadré sur les indemnisations) : «On a perdu 153 millions d’euros, ça fait 15 trains franciliens. Soit un tiers de notre résultat de l’année dernière. C’est énorme,» a chiffré Guillaume Pepy (voir la vidéo ci-dessous).

Sur la méthode cette fois, il souligne qu’il a assisté « pendant deux  ans à la concertation menée par Frédéric Cuvillier [secrétaire d’Etat aux Transports, NDLR]. Il a rencontré tous les syndicats, j’ai bien dit tous, une dizaine de fois. On ne peut pas lui reprocher d’avoir fermé la porte». Alors que s’est-il passé ? «Certains ont changé d’avis, pour répondre pudiquement», lâche le patron de la SNCF

 
L’indemnisation des abonnés coûtera 45 millions d’euros

Les voyageurs qui disposent d’un abonnement Pass Navigo, TGV ou TER seront indemnisés. « On va faire une réduction de 33% pour le renouvellement des abonnements du mois de juillet pour compenser les jours de grève », a déclaré Barbara Dalibard, la directrice générale de SNCF Voyage. Pour ce faire, les usagers n’ont pas besoin de faire la moindre démarche, la réduction s’appliquera automatiquement dès le renouvellement. Les clients qui possèdent un abonnement annuel recevront par virement ou par lettre-chèque le montant de la réduction. Coût de l’opération pour la SNCF : 45 millions d’euros.

Les conséquences de la grève, la plus longue depuis 2010, se feront aussi sentir dans l’entreprise. «Il y a un risque que cela laisse des traces à cause de ces clivages, des pressions qu’il y a eus entre grévistes et ceux qui travaillent», reconnaît le patron de la SNCF qui veut fédérer : «Dès la fin de ce mouvement on va retravailler tous ensemble. Ma responsabilité, c’est la cohésion de l’entreprise. Dans ce nouveau groupe on a besoin de tous pour bâtir une nouvelle SNCF».

Dissensions sur l’employeur unique

La ligne de fracture commence aussi à se faire sentir entre les centrales syndicales qui ont appelé au mouvement il y a neuf jours. Dans la nuit de mercredi à jeudi, les députés ont adopté l’article clef de la réforme qui prévoit la création de ces trois établissements publics à caractère industriel (Epic) et ils ont aussi adopté un amendement écologiste qui acte « le caractère indissociable et solidaire » de ces trois entités. « Le débat de cette nuit a permis de faire en sorte qu’il y ait effectivement +unicité+ entre les trois établissements publics et industriels qui ont été créés. C’est une question extrêmement importante », a estimé Thierry Lepaon sur RTL (voir la vidéo ci-dessous).

Sans citer le secrétaire général de la CGT, SUD-Rail a pointé avec agacement que « les médias, le gouvernement, la gauche, la droite, et même un responsable syndical national mettent en avant ce matin un amendement voté hier à l’Assemblée Nationale pour justifier une possible fin de la grève que mènent les cheminot-es ». Or, pour SUD-Rail, cet amendement « confirme l’existence de trois EPIC (établissements publics et industriels, NDLR) là où les grévistes disent avec raison qu’il n’en faut qu’un! ». Il « s’inscrit dans la logique du projet de loi sans le remettre en cause fondamentalement : il signifie que 90% des 150 000 cheminot-es seront +mis à disposition+ d’une entreprise (SNCF Réseau ou SNCF Mobilités) qui ne sera pas leur employeur », ajoute le communiqué.

Plus grave pour la cohésion cégétiste, Gilbert Garrel a estimé à la mi-journée que les amendements votés étaient « beaucoup d’enfumage ».

Pour Mariton, Valls a cédé à la CGT

Pour sa part, le député UMP de la Drôme Hervé Mariton, fin connaisseur du secteur transport, partage l’analyse de la CGT. Il a d’ailleurs prévenu jeudi qu’il voterait contre un projet de réforme ferroviaire qu’il juge « dégradé ». « La réalité est que Manuel Valls a cédé. Il fait semblant, et il fait de la com’, pour dire +j’ai tenu bon+. Il a complètement cédé avec l’employeur unique.Toute la partie ingénierie de RFF (Réseau ferré de France) qui n’était pas sous le statut de la SNCF et qui pouvait être un pôle à partir duquel davantage de liberté et d’efficacité pouvaient se développer, ça, malheureusement aujourd’hui, c’est perdu », a-t-il déploré. « L’employeur unique, c’est en réalité ce que la CGT voulait », a-t-il regretté.

Mais il ne faudrait pas que les parlementaires, qui votent aujourd’hui la réforme, oublient les clients de la SNCF. A savoir, les voyageurs en général et les Régions (responsables des TER) en particulier. « Ce à quoi nous aspirons aujourd’hui, c’est qu’enfin le parlement définisse une vraie politique ferroviaire », indiquait l’Association des régions de France (ARF), mardi. « Le coût du TER a augmenté de 90% entre 2002 et 2012, soit une hausse moyenne, hors effet d’accroissement, de l’ordre de 4,4% par an », cela « sans qu’on ait constaté une quelconque amélioration de la qualité de service », a souligné son président, Alain Rousset. Et de conclure : « Avec la SNCF, une des principales qualités des présidents de régions a été jusqu’à présent leur patience (…). Mais aujourd’hui, la coupe est pleine ».

Les Echos

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