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02/03/2014

L’Autorité de la concurrence réclame des autocars

http://www.quechoisir.org/transport/actualite-transport-l...

01 mars 2014

Peu convaincue par les TER, l’Autorité de la concurrence prend le contrepied de la politique du tout-rail à la mode depuis des années. Non sans arguments solides et dans l’intérêt des usagers.

Autocars

La roue serait-elle en train de tourner ? Alors que le transport régional par rail bénéficie depuis des années  d’un préjugé très favorable, l’Autorité de la concurrence a rendu le 27 février un avis qui appelle à une libéralisation radicale d’un mode de transport moins cher et plus souple : l’autocar.

Actuellement, les ouvertures de lignes sont soumises à une réglementation draconienne. Les exploitants doivent obtenir une autorisation, ce qui peut prendre jusqu’à 18 mois. Leurs demandes sont très souvent rejetées par les régions, autorités organisatrices des transports, au motif qu’elles porteraient atteinte à « l’équilibre économique d’une offre conventionnée ». En clair, la SNCF exploite des TER, et les autocars ne doivent pas les concurrencer, y compris sur des tronçons critiques. Les TER Paris-Creil ou la ligne A du RER saturent le matin, mais il est interdit de créer des lignes d’autocars susceptibles de leur porter atteinte. De fait, le car représente seulement 0,0005 % du transport interrégional, contre 5 % – 10 000 fois plus – en Suède ou 4 % en Grande-Bretagne.

Dans son avis très documenté (100 pages), l’Autorité de la concurrence relève que nombre de régions  affichent une hostilité de principe à l’autocar, hostilité qui ne repose sur aucune analyse de l’équilibre économique des lignes de TER. Assez souvent, du reste, la SNCF ne communique pas aux régions les données qui permettraient d’apprécier l’équilibre en question. La situation est tellement verrouillée que les autocaristes déposent peu de demandes. « L’autocar longue distance est un marché surcontraint en France », « victime d'un déni médiatique », disait au Congrès de la Fédération nationale des transports de voyageurs, le 16 octobre 2013, un certain Guillaume Pépy, président de la SNCF…

La compagnie nationale sait qu’une clientèle ayant davantage de temps que d’argent (jeunes, retraités, touristes, etc.) ne prendra pas le TGV Paris-Lille ou Paris-Lyon, sans parler de l’Eurostar ou du Thalys. Elle a donc mis des autocars iDBus en service sur ces liaisons, avec des tarifs trois fois inférieurs à ceux d’un billet de train plein tarif. Ce qui ne l’empêche pas de freiner les autres autocaristes quand cela l’arrange.

Des TER qui roulent à vide

Le bilan des TER n’est pas très bon, rappelle l’Autorité de la concurrence. « Près de deux tiers des liaisons ferroviaires interrégionales correspondent à des flux de moins de 40 voyageurs par jour et 37 % à des flux de moins de 12 voyageurs par jour, quand le nombre de places assises par train est compris entre 200 et 600 ». Bref, les TER roulent massivement à vide, et l’autocar est sans doute davantage « complémentaire » que concurrent. Sillonnant des villages, il pourrait canaliser des voyageurs vers les gares.

L’avis rappelle au passage que « les émissions de gaz à effet de serre des trains grandes lignes chargés à 15 % sont supérieures à celles des autocars chargés à 80 % ». Est-ce encore un critère ? Le parc automobile mondial augmente au rythme de 14 millions de véhicules par an. Le temps de lire cet article (3 minutes), il comptera déjà 80 véhicules de plus. Qui peut croire que quelques centaines de cars sur les routes de France pèseront sur le climat ?

Recommandation de l’Autorité de la concurrence : assouplissement radical de la réglementation. Pour commencer, les contraintes démesurées pesant sur le cabotage doivent être levées. Aujourd’hui, les lignes internationales peuvent prendre des passagers pour des trajets nationaux (un car Paris-Amsterdam s’arrêtant à Lille, par exemple), mais seulement dans la double limite de 50 % de sa capacité et de 50 % de son chiffre d’affaire, ce qui conduit à refuser des clients alors qu’il reste des places. L’Autorité préconise par ailleurs la fin des autorisations administratives pour toutes les liaisons supérieures à 200 km, et une « clarification du test d’atteinte à l’équilibre économique des lignes conventionnées pour les liaisons de moins de 200 km ». Si l’atteinte en question ne peut être prouvée, il y aura feu vert à l’autocar.

Erwan Seznec (eseznec@quechoisir.org)

20:09 Publié dans Bus, SNCF, TER, TGV | Lien permanent | Commentaires (3)

Commentaires

vivement l'ouverture des lignes par route afin de moins subir les retards, suppressions et grèves de la sncf!
encore une grève cette semaine, combien depuis le début de l'année

Écrit par : mina | 03/03/2014

Ce serait plutôt une mauvaise nouvelle pour l'environnement: plus de bus sur les routes, plus de pollution, plus d'accidents, plus de cars dans les centres villes, en contradiction totale avec la transition énergétique. Le car, moins cher? On oublie ce que la route coute chaque année à la société.

Alors que le train transporte 10% des voyageurs en France, il n'émet qu'1,5% des gaz à effet de serre liés aux déplacements (source UE), c'est lui qu'il faudrait encourager. En longue distance, par exemple, sur Paris-Lyon, on consomme 1,6 kg de Co2 en TGV contre 19,6 en IDBUS (source idbus.com et sncf.com). Un TGV double transporte l'équivalent de 18 bus.


Le car est très utile en complément du train, pour les derniers kilomètres, pas en concurrence avec le rail sur les longues distances. Le cas d'IDBUS est significatif, il se positionne toujours en concurrence frontale avec le train (Paris-Milan, Paris-Amsterdam, Lyon-Barcelone...) et jamais en complémentarité.

Si nous étions un pays sans train comme le Brésil ou le Chili, cela se justifierait. Mais nous disposons d'un assez bon réseau ferroviaire. Regardez ce qui s'est passé sur Quebec-Montréal, où la concurrence acharnée des bus a affaibli le rail sur cet axe. Et dans ce rapport, il y a cette idée que le train serait réservé aux riches, et le car aux plus pauvres, quel retour en arrière ! Le train doit être accessible à tous.

Certains décideurs vont jusqu'à affirmer qu'un TER vide pollue plus qu'un car plein... Comparons ce qui est comparable. Sur une même ligne, si un TER est vide, il y a fort à parier que le car le sera aussi.

La fermeture d'une ligne ferroviaire est vécue comme un régression par la population.
De plus, l'observatoire régional des transports des Pays de Loire a démontré que le transfert sur bus s'accompagnait en moyenne d'une baisse de 60% de la fréquentation, encourageant plutôt la voiture.
Sur un autre point, un sondage IPSOS d'août dernier révèle que 84% des français se sentent en sécurité en prenant le train contre 56% en car.

Quand au confort, et malgré les efforts de ces dernières années, le car reste bien moins performant: impossibilité de se lever, moins de place par passager, impossible de lire ou d'écrire...
L'objectif du gouvernement est de réduire de 20% notre consommation d'énergie d'ici 2020. Celui-ci investit massivement dans le rail. Le car doit venir en complément du train, pas en concurrence, c'est une question de bon sens. Il suffit de regarder l'exemple suisse, qui promeut le rail avec une articulation parfaite entre trains et cars postaux.


Ce débat est important, il en va aussi de notre qualité de vie.

Cordialement,

Bernard Derty

Écrit par : Derty | 08/03/2014

C'est tout à fait un article très utile afin de bien se rendre compte sur transport . De plus, le transport n'est pas seulement une affaire d'une personne mais de tout le monde.

Écrit par : Transports du Sud | 17/03/2014

Les commentaires sont fermés.

 
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